Aujourd'hui petite découverte et coup de pub pour le travail de mashupeur de Philippe Bompard, un gars que j'ai croisé par hasard sur Twitter un jour et dont la bio disait, "(m)auteur/(c)réalisateur (mashupeur) du collectif "les cris". Si t'as pas vu "Coluche, un père et manque" bah tu l'as pas vu."
Et je plaide coupable, je n'avais pas vu Coluche, un père et manque et pire j'ai mis un certain temps à me décider à le voir alors qu'il était régulièrement à portée de clic. L'autre jour donc, à l'issue d'un dialogue au sujet du cinéma et des difficultés de la distribution des films de court-métrage en particulier, je me suis dit qu'il était temps d'être cohérent et de soutenir sa création. J'ai lancé son film. Une bonne surprise !
"Tout le monde peut dramatiser les choses, suffit de faire le mec triste (...) fin tu vois je dis pas que c'est facile de dramatiser mais c'est plus difficile de dédramatiser, c'est un effort de dédramatiser. Alors que c'est la merde, alors que y'a plus d'issue, alors que c'est noir, alors que c'est la misère... on décide d'en rire".
Au son, les premiers mots qui nous introduisent dans ce film en expliquent parfaitement l'enjeu, avec Jamel Debbouze qui défend le mécanisme de la dédramatisation, de la prise de recul et du rire face aux situations les plus tristes ou les plus douloureuses. A l'image, c'est son personnage de Lucien dans Amélie Poulain qui articule, s'adressant à Raymond Dufayel, l'artiste reclus qui espionne le monde de loin en se focalisant sur ses tragédies.
Premier mélange de sources pour ce mashup qui sur toute sa longueur va faire jouer un dialogue similaire entre fiction mythologique, gag social et documentaire dramatique. Comme tant d'autres spectateurs visibles à l'écran, qui tantôt rient tantôt frissonnent en découvrant cette histoire, Raymond Dufayel va faire l'expérience quasi psychédélique d'une déconnexion entre un sujet et les différentes manières de le raconter, car tout cela se déroulera sous ses yeux, dans l'écran de télévision bien connu qui retransmet habituellement les images de sa caméra-espion. Écran qu'Amélie pirate d'ailleurs elle-même dans le film en essayant de changer la perception du monde du vieil homme. Cohérent !
Dramatiser vs dédramatiser, bâtir un héros déchu en larmoyant ou plutôt en riant de sa propre désinvolture face au malheur. Faire de lui l'espoir d'une résistance ou plutôt l'associer à l'image du "cassos déjanté" et perdu d'avance. Coluche, un père et manque va constamment déplacer le curseur entre ces deux pôles en profitant de la possibilité de décalage inhérente au format du mashup.
Le film rit de lui-même, mais ça ne durera pas
Par bien des aspects ce film est très fun. Un peu comme pour une YTP/YouTube Poop sa façon de se permettre les mélanges les plus surprenants amuse. Mais petit à petit la dédramatisation s'estompe, et les images deviennent plus lourdes et grandiloquentes. Lorsque le générique de fin apparaît, on oublie presque qu'on avait commencé par se marrer.
Après coup on se dit que Coluche, un père et manque est donc un objet intriguant et bien foutu, que le public et le jury du Mashup Film Festival de 2019 ont d'ailleurs décidé de primer en saluant son originalité. A vous de jeter un oeil et de voir ce que permettent le montage et le mashup au-delà de la seule rigolade. On pense sans doute souvent à tort que l'exercice ne peut que favoriser le rire, mais sur ce coup là Philippe Bompard a su démontrer qu'on peut s'en servir pour développer une vraie poétique de la mise en abîme et donc dépasser le simple stade de la plaisanterie.
Distribué sur une petite centaine de copies ce film, s'il passe près de chez vous, mérite vraiment que vous courriez le voir ne serait-ce que pour vivre de belles et puissantes émotions tout en découvrant l'histoire vraie d'une démarche photographique extrêmement touchante. Celle de Masashi Asada.
Jeune photographe japonais en manque d'inspiration, Masashi décide un jour de mettre en scène ses parents dans des situations qu'ils n'ont pas pu vivre réellement et cela afin de les amuser tout en adoucissant leurs éventuelles frustrations. Il commence par concrétiser ce projet en proposant l'idée à son père, l'homme qui lui a en premier mis un appareil photo dans les mains, et qui a fait le choix de soutenir son épouse, infirmière en chef très investie dans son métier, en restant au foyer pour élever leurs deux fils. En conséquence il n'a pas pu s'orienter lui-même vers le métier et la carrière dont il avait rêvé étant plus jeune : pompier. Masashi lui permet d'imaginer sa vie rêvée le temps d'une mise en scène destinée à créer un faux souvenir, une photographie qui sera ensuite encadrée et mise au mur dans le salon familial.
La photographie "Les pompiers" recréée dans le film
Touché par cette démarche, le père se dit fier de lui et reconnaissant pour le moment d'insouciance, de fantaisie et donc de bonheur procuré par son propre fils et cela à l'aide d'un appareil photo qu'il lui avait offert alors que celui-ci n'était encore qu'un enfant. Masashi qui ne compte pas en rester là propose donc à sa mère, puis à son frère, d'en faire autant. Dès les premières séquences de ce film la bonne humeur, la bienveillance, les sourires en nombre font du bien.
D'autres situations fantasmées sont alors mises en scène afin de créer de superbes clichés qui tour à tour s'affichent à l'écran, nous permettant d'apprécier pleinement leur véritable beauté esthétique. Un vrai plaisir visuel pour tout amateur de photographie qui ne manquera pas de séduire les profanes également qui pourraient se sentir inspirés, avoir envie de prendre un appareil à leur tour.
Avec son idée toute simple Masashi procure du plaisir aux siens, en tire une grande satisfaction personnelle tandis qu'il voit les yeux de ses parents se mettre à briller. Le récit est profondément touchant et donne envie d'être capable d'un tel degré d'espièglerie. Il donne envie de s'amuser.
La musique ska-rock, le montage très rythmé et donc la mise en scène dans sa globalité accompagnent cette ambiance de façon très cohérente, installent le spectateur dans une atmosphère festive. L'aspect comique du film s'exprimant pleinement dans ce premier tiers qui se focalise sur la famille Asada.
La véritable photographie "Les pompiers" de Masashi Asada et sa famille
Mais une "private joke" peut éventuellement se transformer en projet de vie, et c'est ce que pense Masashi qui commence par valoriser sa série photographique en la compilant dans un bel ouvrage (véritablement disponible encore à l'heure actuelle), puis qui songe à professionnaliser sa pratique en la déclinant sous forme de service. Il se rend donc disponible à toute famille souhaitant dialoguer avec lui pour imaginer une situation emblématique, synonyme d'un moment de plaisir partagé, avant de la mettre en scène et l'immortaliser.
Et c'est à l'occasion de l'une de ces rencontres avec une autre famille que le ton du film commence à changer, mettant de côté l'espièglerie car une question se pose : comment faire pour amener ce bonheur là dans une famille touchée par un malheur visible, qui lui aussi finira dans l'image ? Comment garder le sourire si une fois l'oeil dans l'objectif, le photographe prend conscience de ce que l'image représentera peut-être dans un avenir proche : le souvenir d'une personne disparue ?
"J'observe avec horreur un futur antérieur dont la mort est l'enjeu.“
Roland Barthes, La Chambre Claire
Masashi tente de rester professionnel et de faire son devoir de photographe, mais quelque chose change à ce moment précis : il ne parvient plus à mettre en scène le réel et sa photographie n'est plus un prétexte à l'amusement car seul l'avenir relativement proche dira si ce à quoi elle renverra sera de nature à provoquer le rire ou les larmes. Ce moment d'une grande sobriété vient calmer tout le monde, Masashi et les spectateurs. Fini de rire et toujours en cohérence la mise en scène commence à changer elle aussi.
Profondément marqué par cette expérience, Masashi semble ensuite pensif, le regard perdu face aux murs sur lesquels il s'apprête à exposer certains de ses clichés. Nous sommes alors le 11 mars 2011, date du tragique séisme de la Côte Pacifique du Tōhoku, suivi de son tsunami (et de l'accident à la centrale nucléaire de Fukushima) sans doute la plus grande catastrophe naturelle moderne connue par le Japon.
Masashi décide de se rendre dans l'une des provinces touchées par la catastrophe. Il rencontre sur place des bénévoles qui se mobilisent afin de récupérer, nettoyer, afficher des photos de familles retrouvées dans les décombres. L'idée étant de permettre aux survivants de retrouver leurs disparus au moins dans une image, pour avoir un souvenir qui leur est bien entendu très cher. "Les photos sont sacrées" dit l'un des personnages dans le dernier tiers du film, qui semble tout entier vouloir expliquer pourquoi et selon moi y parvient. Mais concernant le récit, je n'en dirai pas beaucoup plus, allez voir ce film !
Cette petite fille va proposer un ultime casse-tête à Masashi
Ce que je peux dire, c'est que le tour de force réside dans ce glissement audacieux, en trois actes, de la comédie vers le drame. Le premier tiers se veut extrêmement fun avec son ska-rock, ses angles loufoques et son rythme survolté, le feel good movie se situe principalement durant cette première phase.
Le second tiers qui illustre les difficultés de Masashi qui tente d'accomplir son propre rêve de professionnalisation marque le passage à une mise en scène plus assagie même si l'humour continue à passer notamment à travers certains personnages secondaires, comme l'éditrice notoirement alcoolique qui ne cesse jamais d'éclater de rire. Il permet aussi d'accorder du temps à Wakana, copine d'enfance de Masashi qui une fois adulte s'avère être sa première supportrice, l'aide à garder confiance en lui et lui ouvre certaines portes (espérant par ailleurs qu'il le lui rendra un jour "au centuple" en l'épousant enfin).
Wakana, le soutien sans faille
Le derniers tiers assume son caractère dramatique et permet selon moi d'affirmer qu'un passage préalable par le rire provoque une plus grande ouverture ou sensibilité aux événements les plus graves. Le rire sollicité en abondance durant le premier tiers permet dans ce film de qualifier la démarche de Masashi Asada lorsqu'il était dans sa propre famille et qu'il se démenait pour la faire sourire, l'amuser, lui procurer de la joie. Mais aussi de nous cueillir, nous embarquer avec ce personnage qui par la suite nous emmène vers une plus grande complexité notamment liée à la photographie.
Bien sur il y a un propos sur la famille, la vie et la mort, les souvenirs, les rêves et les craintes, tout un panel de sujets existentiels toujours propices à une exploration de la psyché humaine par le cinéma. Mais dans ce film en particulier un autre niveau de profondeur philosophique interroge ce qui fait de la photographie un apport au monde ou plus précisément "à chacun d'entre nous".
La construction en trois actes et trois régions permet d'articuler le récit de façon intelligente et de ne jamais être excessif, dans le rire de trop ou la lourdeur éttouffante. Les quelques allers-retours de Masashi pour visiter ses parents tout au long du film aident d'ailleurs à bénéficier de petits moments de respiration.
Une autre intrigue au sein de la famille de Masashi que je laisse ici de côté permet un twist revigorant, qui remet un coup de fouet juste avant de nous laisser repartir, énième argument mystérieux que je tiens à mentionner afin de vous motiver à aller découvrir La Famille Asada.
Pour moi ce fut un excellent moment, j'estime avoir vu un film magnifique et qui fait du bien. Il a de grandes qualités et tout en rendant hommage à une belle démarche de la part du véritable Masashi Asada il valorise la bienveillance, l'entraide ainsi que la photographie et son utilité ou sa magie. Peut-être fera-t-il naître des vocations chez les spectateurs les plus jeunes ou donnera-t-il envie à d'autres de sortir leurs appareils du placard.
"En Californie on ne sait jamais ce qui est vrai ou ce qu'on imagine"
Cette phrase prononcée relativement tôt dans le film par la mère du personnage campé par Ana de Armas me semble être une clef de compréhension du projet dans son ensemble. Ici il ne s'agit pas de se pencher sur la véritable histoire de la véritable Marilyn Monroe, qui serait donc l'histoire de Norma Jean, mais plutôt d'assumer l'idée que pour raconter ce qu'on ignore d'une personne qu'on a autrefois eu le tort de mépriser en tant que telle, on se voit dans l'obligation de lui inventer la part de vérité qui manque, autrement dit un mensonge de plus. Ce faisant, on continue en réalité à la manipuler et ultimement à lui faire du mal.
Ainsi la blonde qu'interprète magistralement Ana de Armas semble être piégée dans le cadre du film et chercher à en sortir à plusieurs reprises. Exemple : Norma en Marilyn tourne une scène et prend conscience en déclamant son texte que celui-ci semble basé sur sa propre vie et la tourne en dérision. Elle s'interrompt alors et érupte violemment, engueulant le réalisateur fictif assis sur sa chaise ou encore s'abîme volontairement le visage, empêchant ainsi que ce tournage fictif puisse se poursuivre dans l'immédiat. Concrètement, Ana de Armas lance de nombreux regards caméra, et par moments, c'est nous qu'elle semble engueuler.
Lors de ces fuites en avant, elle tente de s'éloigner, poursuivie par la caméra d'Andrew Dominik qui nous place quasiment en position de paparazzis tandis qu'elle tente de dépasser la profondeur de champ et de se rendre elle-même imperceptible.
Une confusion intéressante et méta semble donc prendre corps et se déployer comme une longue métaphore qu'exprimerait le personnage principal notamment en dialoguant avec ceux qui l'entourent. "Je dois jouer constamment Marilyn Monroe, Marilyn Monroe, Marilyn Monroe. Pourtant je suis Norma Jean, même sur l'écran" dit-elle à l'un d'eux. Mais lors d'une épreuve traumatisante (et qui joue à détruire le mythe entourant JFK, le bon gars) on peut l'entendre expliquer que sa vie entière est peut-être comme un film, et qu'il faut "jouer" constamment. En clair, ne jamais être Norma Jean ou considérer que Norma Jean n'est qu'un mythe de plus.
Dans notre monde réel Norma Jean/Marilyn Monroe est souvent citée pour expliquer le principe du pseudonyme. Mais la mythologie autour de son état psychique théoriquement désastreux en tant que Norma Jean, qui contraste fortement vis à vis de son image de femme fatale Marilyn Monroe, pousse également à se reposer sur la dichotomie supposée pour parler de l'alter-ego, qui au-delà du seul changement de nom implique la dissociation entre au moins deux personnalités distinctes. Qui est-elle donc ? Qui voit-on à quel moment ? Norma ? Marilyn ? Sur nos écrans, il n'y a en fait ni l'une ni l'autre, mais plutôt un personnage, tout simplement. Ni Norma, ni Marilyn, mais Ana de Armas jouant une créature pensée pour que nous puissions, nous le public, projeter sur elle le trouble dissociatif en réalité associé à notre regard ?
Souhaite-t-on voir une vraie Norma ? Une vraie Marilyn ? Ou confirmer/infirmer les conceptions erronées ou invérifiables autour d'elle(s) et qui à mesure que nous les lisions ou entendions constituaient notre regard et notre perception d'une icône, plutôt que d'une personne ? Le film semble conscient de notre position à nous, membres d'une même foule qui autrefois aveuglait Norma à grand renfort de flashs intempestifs et qui se laisse aujourd'hui aveugler elle-même par les photographies qui en résultent.
Dès lors, et il est rapidement aisé de s'en apercevoir, rien de ce que ce film raconte ne se base sur la moindre parcelle de vérité "nouvelle", rien ne documente véritablement une véritable vie. Il y a bien quelques épisodes tristement célèbres comme la relation tumultueuse avec le possessif Di Maggio, mais Normarylin est le personnage, une excroissance du mythe qui prend vie sur notre écran à nous, une distorsion assumée. Et ce personnage, tel une poupée consciente mais prisonnière d'un énième récit se voit transporter d'une scène à l'autre quasi manu militari, dépourvue du moindre libre arbitre. Violentée en permanence, violée, retenue par le bras, empêchée d'aller où elle le voudrait, elle ne saurait même pas où aller elle-même, chaque tentative de fuite la rapprochant un peu plus de la mort.
Constamment ramenée à ses traumatismes et à son enfance pour le bon plaisir des spectateurs et dans l'intérêt du récit qui s'empare d'elle et la piétine, comme lors de cette séquence où en pleine rue elle interrompt un moment de rigolade avec ses deux acolytes et se fige, apercevant au sol, sur le trottoir, l'exacte peluche qu'elle possédait étant enfant. "C'est comme dans un film. Ces choses là ne se produisent que dans les films" dit-elle un brin choquée.
A travers la figure de cette Normarilyn c'est il me semble avant tout une sorte de surface réfléchissante qu'il faut pouvoir finir par identifier, et ainsi nous confronter à notre propre position de spectateur, interroger notre propre regard ou la nature du regard qui veut se poser sur elle. Entre mystification volontaire et voyeurisme déplacé, il nous faut alors accepter la crudité et la laideur conceptuelle de certaines séquences qui exploitent toutes les névroses et les traumatismes supposés de la star et bénéficient toutes néanmoins d'un traitement visuellement très léché et à mon sens audacieux et admirable.
D'aucuns disent que le réalisateur se la joue grosse tête, notamment avec ses changements de formats et ses allers-retours incessants entre couleurs et noir et blanc. Je me permets ici de manifester mon désaccord, car même s'il m'est actuellement impossible de décrypter précisément la justification de chaque variation de format ou de couleur (il me faudrait le voir une seconde fois et prendre le temps de les noter et les trier etc), il me semble évident qu'elles renvoient à différents niveaux de perception du personnage vis à vis de lui-même. Entre ce que le personnage vit et appréhende de façon "réelle", ce qu'il veut imaginer "comme dans un film" et enfin ce qui renvoie à des "images réelles" qui ont marqué l'histoire (photos et scènes cultes de Marilyn Monroe).
J'en termine avec l'évocation d'un sujet que, certainement, les américains aiment chaud : l'avortement. Gros débat qui n'en finit jamais aux USA où progressisme et droits civiques côtoient puritanisme et quasi-théocratie. "Pro-Life" VS "Pro-Choice" se foutent sur la tronche depuis la nuit des temps et probablement jusqu'à leur fin. "Blonde" met en scène une Normarylin psychologiquement instable et traumatisée par son enfance, qui donc vit mal ses propres grossesses, par ailleurs toujours écourtées tantôt par un accident tantôt par un ou deux avortements. Bien que ces avortements soient toujours subis dans le film, contre la volonté de la pauvre femme, ils sont néanmoins pratiqués et de ce fait "C'EST DE LA PROPAGANDE PRO-CHOICE!".
Oui mais voilà, le film montre régulièrement les foetus. Car la Normarilyn qui dans ce film a des apparitions de son père inconnu s'imagine également pouvoir dialoguer avec ces foetus en gestation, que nous voyons donc à l'image, à l'intérieur de son ventre. Dans le derniers tiers du film, psychologiquement instable et influencée par sa consommation excessive d'alcool et de médicaments, elle va jusqu'à entendre la voix de son foetus et dialoguer avec lui, alors... "C'EST DE LA PROPAGANDE PRO-LIFE!".
Je vais vous dire ce que c'est moi : le même mécanisme de projection de regards qui tentent de caractériser une image. D'autres surfaces réfléchissantes. Et bien que philosophiquement complexe le propos général du film au sujet de ce personnage qui compte finalement moins que le poids des regards qui se posent sur lui devrait permettre de fermer toutes ces bouches. Ce n'est pas le cas. A qui faut-il donc s'en prendre ? Au réalisateur, à l'auteure de la nouvelle sur laquelle son film se base ? Doit-on analyser la présence de ces séquences dans le film en soupesant ceci ou cela afin de parvenir à une conclusion ? Ou devrait-on plutôt voir dans cette provocation au commentaire une autre façon de faire surgir la véritable bête qui tourne autour de Normarilyn du début à la fin et dont nous sommes nous mêmes constitutifs : la foule ?
Libre à chacun de projeter ce qu'il souhaite sur ce film, du moment qu'en bout de course, c'est la projection elle-même qui s'avère être le sujet de "Blonde". C'est en tous cas ce que je perçois à l'issue de mon visionnage qui m'a laissé pensif, un peu philosophe, et donc enrichi d'une belle expérience de cinéma. A ceci près que j'aurais aimé la vivre sur grand écran.
Hors Film :
Ana de Armas se verra-t-elle attribuer l'Oscar de la Meilleure Actrice en mars prochain ?
Je pense que sa performance pourrait le justifier. Mais quel poids politique le débat sur l'avortement peut-il peser sur la décision et une éventuelle frilosité à l'idée de la faire monter sur scène et de se voir alors accuser par les deux bords d'avoir validé une théorique propagande ?
Et pour la rigolade : Marilyn et Madonna" - Caméra Café
Trois contes parfois étranges qui explorent l'intimité de personnages qui "par hasard" sont amenés à la confier à un tiers, lui même pris au dépourvu. Le premier conte n'est pas fou, propose une énième variante du mécanisme de triangle amoureux, mais il le fait de façon maline, nous laissant dans le noir un bon moment jusqu'au moment de la révélation pas si retentissante que ça mais qui a le mérite de donner envie de retourner en arrière pour étudier certaines attitudes et déceler les indices que nous avions sous le nez.
Le second est plutôt amusant. L'histoire d'un stratagème qui vise à piéger un enseignant en le poussant à succomber aux charmes de l'une de ses étudiantes. Les attitudes de cette dernière, tellement peu subtiles, sont assez drôles. Ses tentatives pour mettre l'enseignant mal à l'aise et susciter chez lui le désir étant vraiment déplacées, le spectateur lui-même peut potentiellement se sentir un peu pris au piège. Bien sur tout ne se déroule pas comme prévu, mais je n'en dirai pas plus.
Le troisième conte est à mon goût le plus touchant des trois. Intitulé "Encore une fois" il part du principe qu'une catastrophe informatique a poussé l'humanité à se passer de ses outils numériques. Plus de smartphones, plus d'ordinateurs, plus de mails, plus de Facebook. Et des humains dès lors confrontés à des problèmes de mémoire, incapables de se souvenir d'anniversaires ou de remettre les bons noms sur les bons visages (et par ailleurs obligés de commander les films sur dvd par correspondance car le streaming n'existe plus). C'est dans ce monde là que deux femmes se croisent dans un escalator et se reconnaissent. Voilà des années, depuis le lycée à vrai dire, qu'elles ne s'étaient plus revues. L'une invite l'autre chez elle et s'en suit un dialogue très touchant sur le passé et les regrets. Jusqu'au twist amusant qui ouvre sur une sorte d'altruisme poétique, mais là encore je ne veux pas en dire trop. Ce film mérite d'être vu sans spoil.
La mise en scène est minimaliste et c'est avant tout le texte qui prime, c'est un film très littéraire dans l'âme qui articule trois contes n'impliquant jamais plus de trois ou quatre personnages qui échangent longuement, en particulier dans le second qui questionne le désir, la honte, la confiance en soi et tant d'autres thèmes et cela avec une finesse insoupçonnée.
En sortant je me sentais tout léger et étrangement satisfait de me dire qu'il n'y avait aucune analyse particulière à en tirer. Il y a juste à le voir, en se sentant parfois perplexe en cours de route, mais récompensé à l'arrivée. Crescendo certain, du premier au troisième conte qui serait celui dont on tirerait le plus beau court-métrage il me semble.
Plusieurs personnages évoquent leur expérience d'un "moment hors du temps". Sans vraiment y croire, pris au dépourvu face au film, j'ai eu le sentiment que c'est bien ce que je venais de vivre une fois sorti du cinéma. Et c'est une agréable sensation. Un joli film qu'il est sans doute préférable de voir en salle où l'immersion dans ce rythme lent s'avèrera moins difficile sans distraction alentour. Et donc un de ces films qui réclament un effort d'attention et savent le récompenser. Une belle parenthèse.
On dit parfois que la critique est facile, l'art est difficile. Ici j'ai le sentiment que c'est l'inverse. Et je vais tenter de m'expliquer sans doute maladroitement, ce qui me semble en réalité très cohérent vis à vis du film en question, Professeur Yamamoto part à la retraite, de Kazuhiro Soda.
Le récit en soi est touchant car il pose la question du grand âge et du temps qui passe. On ne s'intéresse pas assez aux anciens en règle générale, à moins qu'ils soient porteurs d'un témoignage précieux sur une période historique dont le souvenir doit être sauvegardé. Le grand âge on s'en fout pas mal, j'ai l'impression. On ne s'intéresse pas aux difficultés posées par le vieillissement que pourraient décrire eux-mêmes les premiers concernés, en général on fait davantage parler les accompagnants. Ici la démarche de cinéma direct ou disons plus simplement de grande proximité permet de coller aux protagonistes, aux personnages du réel, et le choix de séquences longues sans interruptions laisse le temps d'observer leurs déplacements, difficiles, épuisants, et nous force nous autres spectateurs à regarder ce qu'éventuellement on préfère laisser hors champ : les vieux.
Impossible ici de passer à côté de la difficulté de vieillir et d'atteindre le crépuscule de la vie. Le professeur et son épouse sont fatigués, mais autonomes. Ils vont et viennent, lentement, difficilement, ils ont visiblement mal au dos ou le souffle vite coupé. Le contexte du départ à la retraite du Professeur est de plus l'occasion pour eux de se remémorer le passé et d'évoquer notamment leur rencontre. Le dialogue entre l'image du présent et le souvenir du passé est très poétique en soi.
D'un bout à l'autre du film il y a aussi la nature de la relation entre le professeur et son épouse qui finit éventuellement par poser question. Toujours devant elle, bien que songeant parfois à lui donner un coup de main, le professeur semble curieusement insensible, excessivement réservé s'agissant de la manifestation de sentiments précis vis à vis de sa femme. Ce qui contraste énormément avec son comportement de praticien qui paye les factures de ses patients et les invite à loger chez lui, leur témoignant d'une grande affection et souhaitant leur dire constamment qu'il les comprend.
Son métier et ses patients semblent l'animer plus que toute autre chose, y compris plus que son mariage. Peut-être ai-je tort, mais je n'y peux rien, j'ai ressenti une distance entre les deux époux sur laquelle le documentariste lui-même m'a semblé poser le regard. S'attardant sur les mains esseulées de Mme Yamamoto, puis sur celle du Professeur témoignant enfin d'un geste de tendresse, jusqu'à la séquence finale des deux époux repartant du cimetière ensemble main dans la main.
Malgré ce crescendo d'affection, il m'a semblé que le "portrait d'un Japon vieillissant" mentionné dans certaines critiques s'accordait mal à l'idée d'un message à portée universelle. A mon sens il s'agit moins pour nous d'un regard sur la façon dont les époux japonais se comportent l'un avec l'autre que d'un regard sur la façon dont les époux, autrefois, avaient été éduqués à se comporter les uns avec les autres. Je ne crois pas qu'il soit juste de considérer que c'est une histoire spécifiquement japonaise ou liée à la culture japonaise. C'est avant tout une histoire d'individus et nous en sommes également. Une histoire d'époux, de rapports entre hommes et femmes et il y en a partout sur Terre.
Le contraste entre la vie publique du Professeur émérite et admiré par tant de gens qui tiennent à lui offrir à manger et sa vie intime bien moins poétique et qui m'a paru un peu plus froide est très intéressant car il permet de créer le sentiment d'une exploration de coulisses, que le documentaire permet souvent et qui nous offre l'opportunité de voir ce qui habituellement n'est pas de nature "publique".
Le film pose bien entendu une autre question plus évidente mais que néanmoins nous ne songeons sans doute pas à nous poser au quotidien : que deviennent ou ressentent les patients de psychiatres qui du jour au lendemain vont devoir cesser de les suivre ? La détresse que cause l'annonce de la retraite du Professeur est donc mise en avant dès le début du film, avec les entretiens entre le praticien et ses patients. Moments intéressants et qui encore une fois transperce le voile de l'intimité, exposant aux yeux du monde la vulnérabilité de ces individus en lutte avec eux-mêmes.
Mais voilà le problème selon moi. Dans la forme, le film semble voyeuriste car, chose assumée par Soda dans des entretiens, il n'est basé sur aucune relation de proximité préalable au tournage. En dépit du précédent film sur le Professeur, "Mental", Kazuhiro Soda a établi un système, un ensemble de règles qu'il suit, qui lui interdit de faire des recherches préalables ou de parler aux personnages/sujets hors du temps de tournage.
Une démarche curieuse qui accouche de moments étranges durant lesquels le documentariste pose des questions ou reçoit des informations cruciales sur la vie du Professeur et de son épouse. On se dit alors "Mais... il ne savait pas déjà tout ça ?". A d'autres moments il filme des individus qui lui demandent ouvertement "Vous me filmez ? Ca va devenir un film ?". Et on est étonné de constater qu'il y a un intrus, Kazuhiro Soda. L'impression d'un manque d'intérêt personnel pour les individus filmés apparait également à travers le montage de séquences si longues. Elles permettent certes d'observer attentivement les gestuelles, postures et habitudes mais poussent à se poser une autre question dérangeante : "A-t-il monté un film de deux heures avec cinq séquences car il n'a en réalité effectué qu'une demi-dizaine de visites ?".
Le passif de journaliste de Soda marque en réalité l'ADN du film. Et ce qu'il explique de son propre regard ou de sa propre démarche pourrait être résumé ainsi : lorsqu'il était journaliste il voyait sur le terrain des images symboliques d'une complexité humaine importante, mais ses commanditaires et chefs de rédactions ne voulaient pas de cette complexité, attendaient du journaliste qu'il aille faire les images permettant d'illustrer un texte ou un parti-pris déjà établi. Bref, il devait faire son métier de JRI (Journaliste Reporter d'Images) sans aucune marge de liberté, sans pouvoir choisir sur quoi poser son oeil.
Il a alors décidé de quitter ce métier pour devenir documentariste, tout en rejetant avec force les principes et mécanismes utilisés en journalisme, qui peuvent comprendre les recherches préalables, les relations hors caméra, et surtout le plan établi, l'écriture préparatoire. On pourrait comprendre et approuver la démarche si elle ne semblait pas créer une sorte d'inconfort palpable, la sensation d'être non pas dans l'attention mais plutôt dans l'intrusion.
Le Professeur étant âgé et d'un naturel altruiste quasi abusif, il est vu par certains de ses patients comme un homme qui ne sait pas dire non, qui se montre toujours attentif aux autres, qui ne contrarie personne... Ne serait-il pas la cible idéale pour un documentariste un peu voyeur, qui refuse d'établir la moindre relation préalable et qui, en réalité, veut être plus voyeuriste qu'un journaliste de télévision, une sorte de photographe libre d'aller partout et de tout capturer ? Le but n'étant pas de créer "l'écrin de la parole", mais de faire des images, intrinsèquement plus importantes que les individus qu'elles capturent.
Si je n'avais pas su que Soda avait partiellement consacré un film précédent aux chats errants, j'aurais cru que certains de ses plans n'avaient aucune signification, comme celui du chat qui se balade dans le quartier, ou ceux qui nous montrent des mioches amusés par la caméra. Je croyais jusqu'ici qu'il s'agissait d'établir un chapitrage un peu superflu en intégrant des séquences l'étant elles-mêmes. Mais dans ces moments il s'agit surtout pour le filmeur de s'intégrer lui-même au récit, et l'immersion dont parle notamment "Les chroniques du cinéphile" ne nous permet en réalité pas de nous sentir proches du Professeur et de son épouse, mais proches du cinéaste lui-même, qui "filme son propre regard" plutôt que ce qui lui fait face.
Cette proximité permettant en définitive d'étudier son comportement, sa démarche, sa volonté de filmer ici ou là, pas tant de comprendre le Professeur, ni son métier ni sa vie intime. Et je me demande en définitive si ces longues séquences de déambulation à la recherche du bon gobelet sont réellement pensées pour nous permettre d'observer la difficulté de se mouvoir des personnes âgées, ou si c'est en fait une détestable démonstration de pouvoir de la part du cinéaste, qui jubile à l'idée de maîtriser notre façon de voir le monde et potentiellement aussi d'être vu lui-même. (Sa façon de déambuler au milieu de la pièce caméra au poing tandis que le Professeur fait ses adieux à ses collègues ou étudiants est assez incroyable).
Quelque chose donc me pose problème, et c'est assez compliqué à décrire, d'où ma phrase d'introduction sur l'art difficile et la critique facile. Ici je pense que l'art est trop facile et que c'est compliqué de l'expliquer. Notamment en raison du fait que ces deux individus très sympathiques et accueillants nous livrent leur intimité et nous permettent de les scruter au quotidien. Fatigués, usés, peut-être un peu plus attristés que ce qu'en diraient ceux qui les fréquentent sans vraiment les connaître. On voit leur épuisement, le fait que faire le thé ou cuisiner est une corvée douloureuse, que commander des sushis est plus aisé, et que pour cela, il faut tenir un téléphone dans sa main, plutôt que la main de son épouse.
Pour que nous puissions voir tout cela, un portait pas aussi angélique que ça et qui contredit le marketing "feel good" de la bande-annonce, il a fallu qu'ils donnent leur consentement, qu'ils "se laissent faire". Cette impuissance consentie je pense qu'elle apparaît lors des échanges avec l'amie du couple qui révèle tant de choses, une vraie pipelette, loin de rendre hommage au Professeur et à sa pratique intrusive de la psychiatrie. Une séquence phare qui permet d'acter un changement de perspective. Dans les études de cinéma documentaire on dira parfois aux apprenants une chose qui s'illustre ici à merveille : il vous faut prévoir, préparer, penser votre dispositif et votre démarche, mais en cours de route vous serez surpris de découvrir un sujet dans le sujet, vous remarquerez quelque chose ou quelqu'un, et vous n'aurez pas prévu de vous consacrer à cette chose ou cette personne, il faut vous y autoriser car c'est là tout l'intérêt du documentaire, qui agit comme révélateur de complexité.
L'épouse du Professeur Yamamoto est cet élément inattendu qui petit à petit retient l'attention du filmeur, jusqu'à ce moment chez l'amie, qui semble vraiment la faire pleinement entrer dans le cadre, ainsi que dans nos propres pensées. Mais si le Professeur pouvait dire stop, ne dis pas toutes ces choses, le ferait-il ? Lui qui est patient, altruiste, gentil, dépourvu dirait-on de la moindre self-défense ? Je me pose la question. Puisqu'il n'y a pas eu d'échanges autres qu'au moment du tournage, puisqu'il y a ici un contrat de confiance "tacite", puisque le filmeur est reçu comme un invité de marque et choisit d'intégrer à son film cette séquence des gateaux à la vapeur... tant de choses me donnent le sentiment d'une attention déplacée, d'une façon de faire du cinéma documentaire qui n'est pas si respectable que ça, et qui s'avère être un prolongement plutôt déplorable des pires pratiques journalistiques, du reportage, non pas la recherche d'une poétique par le biais d'une création participative.
L'abus de faiblesse, je crains d'avoir vu cela en regardant ce film. Si le récit des ces deux individus très ouverts et attendrissants m'a sincèrement touché, la démarche du cinéaste de son côté m'a rendu très amer.
[Critique/avis publié sur SensCritique, attention je spoile tout le film]
Au premier abord et dans sa forme très agréable, teintée d'humour, soutenue par une bande-originale rock très énergique, Licorice Pizza ne semble être qu'une historiette, un petit récit sympa sur la difficulté pour deux adolescents d'admettre une attirance mutuelle et sortir de la fameuse friendzone. Et sans doute que beaucoup de spectateurs apprécient le film sans pousser l'interprétation plus loin. D'autres semblent déçus de ne voir que cela, déplorent un vide de sens, une trop grande légèreté et donc un intérêt limité qui de plus se diluerait dans une foule de personnages secondaires supposément trop nombreux. Et pourtant.
Discrètement mais sûrement Licorice Pizza dresse à travers les points de vue de ces deux adolescents et en particulier celui d'Alana un portrait peu élogieux du monde des adultes. Ce que voit la jeune femme dans ce monde semble la heurter, ce qui finira par l'aider à comprendre et à accepter son attirance étrange pour Gary et sa troupe de mioches. Elle repousse d'abord le jeune homme et ne s'autorise pas pleinement à apprécier les marques d'intérêt ou d'affection qu'il tente de lui envoyer, ne veut pas vivre de romance adolescente. Il est bien gentil, mais il est un peu trop gamin.
Avant de potentiellement lui faire davantage confiance et ultimement de lui ouvrir enfin son coeur, elle devra d'abord rencontrer nombre d'adultes qui vont la décevoir et être à la source d'une profonde désillusion. Le comédien star qui endort ses conquêtes à coups de lignes de dialogues repiquées dans ses propres films. Le compagnon supposé de Barbara Strei-SSSand qui s'avère être violent et même toxique, un vrai harceleur. Le candidat au poste de gouverneur, révolutionnaire d'opérette qui échafaude des plans pour cacher son homosexualité tout en méprisant les sentiments de son propre compagnon qui de son côté subit le fait de toujours passer après tout le monde...
Quasiment tous les représentants du monde adulte semblent frapper la rétine et la conscience d'Alana, qui au fil de son apprentissage comprend que Gary, encore très jeune, assume ses défauts et maladresses sans jamais cesser de la soutenir et de lui courir après. Gary "est un vrai". Il a également l'audace de lancer des projets et par dessus le marché il semble avoir des valeurs et ne pas supporter les agressions. Lorsqu'il expérimente les techniques de commerce et de vente par correspondance il suggère à Alana de prendre une voix plus sexy pour baisser la garde de ses prospects, mais réagit mal face à l'excès, en réalité au mensonge. Il n'aime pas non plus l'idée qu'Alana soit forcée de se dévêtir pour avoir plus d'opportunités professionnelles.
En clair, Gary n'accepte pas la compromission personnelle que les adultes de leur côté utilisent comme une drogue dont ils ne sauraient pas décrocher tout en maquillant mal l'enlaidissement suscité par ses effets secondaires. Plus tard Jon Peters le menace de tuer son frère pour le dissuader de "saloper sa maison" et réagit alors en... salopant sa maison. Il encourage Alana et salue sa force lorsqu'au coeur d'une crise pétrolière nécessitant le rationnement du carburant, elle conduit en marche arrière un camion à sec pour lui faire redescendre les collines de Los Angeles. A la suite de cette séquence, Alana assise sur le trottoir regarde d'ailleurs au loin Gary et les mioches, puis se cache de Jon Peters le prédateur qui passe tout prêt et importune évidemment deux autres jeunes femmes.
Cette séquence semble particulièrement symbolique. Gary le jeunot entouré de ces mioches avec qui il s'amuse, à contre-jour en haut d'une colline, "au-dessus" de la masse, tandis que Jon Peters, le riche adulte, est au niveau de ce trottoir, exprimant toute sa violence et sa toxicité. Je me demande si Alana à ce moment précis commence à entrevoir l'épiphanie, comprenant enfin pourquoi elle aime traîner avec la bande de jeunes qui ne la trahissent jamais et tiennent à elle, plutôt qu'avec une foule d'adultes auprès de qui il faut montrer patte blanche avant de découvrir qu'ils ont le coeur noir.
Durant ce récit Gary se sent logiquement seul dans sa friendzone et ne peut s'empêcher de séduire d'autres jeunes femmes, de savourer les compliments ou approches de celles-ci, il faut bien vivre. Alana s'en agace. Au bout d'un moment, on assiste à un pur numéro de "Ross-et-Rachelisme". La friendzone devient insupportable et le film s'en amuse avec cette brochette d'adultes cinglés et de personnages secondaires qui demandent chacun à leur tour "Vous n'êtes pas ensemble ?... Pourquoi ?".
Pourquoi ? Simplement parce qu'Alana est un personnage de fiction, dont l'âge reste mystérieux (elle dit à un moment 28, puis se corrige et dit 25, mais je pense qu'il s'agit là aussi d'un mensonge pour se vieillir car son objectif premier est de s'insérer dans le monde adulte à tout prix) ce qui lui permet de faire charnière entre deux périodes de la vie, figure de l'incertitude adolescente et de ce moment où l'on n'est plus certain(e) de vouloir faire comme les grands et où l'on se rend compte qu'il aurait fallu profiter de l'innocence qui va disparaître et qui risque vite de nous manquer.
Il y a donc un propos intéressant et plus complexe qu'il n'y paraît au sujet de cette désillusion sans doute vécue par nombre d'adolescents actuels et dont les adultes face à l'écran se souviendront potentiellement. Alana s'imagine des choses sur le fait d'être "plus âgé", d'être "grand", de présenter une image de réussite et d'aller dans le monde à son tour. Elle veut être plus mature que Gary. Mais du début à la fin, ce monde des adultes est agressif envers elle, lui met des mains au cul, tente de l'embrasser sans lui demander son avis, lui fait croire en des valeurs affichées qui n'existent en réalité pas derrière le rideau, s'avère peuplé de gens perturbés qui s'inventent une vie plus palpitante qu'elle ne l'est ou qui ne savent pas avoir la tête sur les épaules ou manifester le moindre courage. Les adultes sont visiblement des comédiens qui n'ont pas conscience d'être mauvais.
Gary de son côté ne joue pas avec elle et n'a jamais semblé mentir. Il n'est jamais toxique ou malveillant. Il fait parfois preuve de maladresse, c'est tout. Alors effectivement les dernières séquences du film soulagent car, enfin, se produit ce qui doit se produire. C'est là le véritable moment d'épiphanie pour Alana, et de délivrance pour le spectateur, lorsque le politicien justifie les mensonges et le mépris qu'il manifeste à l'égard de son compagnon en soulignant qu'il "serait temps de grandir" car le monde fonctionne comme ça, à coups de compromissions personnelles et de mépris pour ce qui est vrai. C'en est trop pour Alana, qui cesse de vouloir se jeter dans l'âge adulte et revient vers Gary pour enfin verbaliser concrètement ses sentiments pour lui.
Ce n'est donc pas qu'une petite histoire d'amour rigolote et une frustration injustifiée qui nous pousse vers un baiser de cinéma important, c'est surtout le fait que ces deux-là vivent ce passage à l'âge adulte côte à côte armés d'un attachement et d'un respect qui n'ont rien de factice. C'est un baiser de cinéma qui fait triompher le vrai et qui libère au terme d'une exploration intelligente du monde adulte qui de son côté ne semble se mouvoir qu'à l'aide du faux. Il faut qu'il soit le fruit d'une prise de conscience.
J'ai aimé ce récit soutenu de la plus belle des manières par un film énergique, sensible, qui laisse aux émotions le temps d'imprégner le spectateur et déploie quelques plans ou séquences magnifiques qui méritent d'être salués. Gary et Alana qui se prennent dans les bras, vus dans le reflet de la porte du commissariat qui laisse entrevoir le banc sur lequel on attache les prisonniers. Vision cryptique du lien qui les rapproche, à la porte d'un autre monde fait de brutalité et de faux semblants. Une image simple mais puissante. Et cette séquence incroyable durant laquelle Gary et Alana se téléphonent et semblent se comprendre, tout se dire sans jamais prononcer le moindre mot. Dieu que j'ai aimé cette séquence, ému par un moment de pur cinéma.
Licorice Pizza est un film de qualité qui ne se prive pas d'offrir une écriture complexe et qui fait profondément sens mais sans jamais s'alourdir étant parfaitement équilibré grâce à son humour, sa générosité musicale et rythmique. En résumé : un énorme coup de coeur.
Quel plaisir de pouvoir présenter un nouveau venu sur la scène screamo avec le groupe L'Idylle qui annonce la publication très prochaine d'un premier EP avec ce premier extrait "Squames" ! Oui, j'aime le screamo, j'y peux rien. La mélancolie inévitable, le chant souvent écorché qui traduit le besoin de magnifier des sentiments, le spleen des guitares qui oscillent souvent entre ingénuité clean et révolte saturée... Rah, j'aime le screamo ouais. Et ça tombe bien pour celles et ceux qui partagent ce intérêt pour le genre : L'Idylle nous promet un EP et des concerts chargés de tous ces bons éléments.
Ici on appréciera le côté brut de décoffrage de ce son. Pas de noyade dans les effets planants, le côté gaze souvent associé au screamo laisse plutôt place ici à l'influence émo, cousine de sonorités punk et donc un brin garage : les instruments et les mains, ça suffit amplement. Cela permet aussi de dégager beaucoup d'espace pour le chant, qui de son côté est hyper écorché, se permettant de son côté l'utilisation d'une distorsion/réverbération plutôt bienvenue.
Et c'est pas un mal, car sans excès au niveau du traitement/mixage on a l'assurance de retrouver ce qu'on écoute dans nos casques une fois face au groupe en concert, et même une chance de trouver ça encore plus cool grâce à la chaleur du contexte et de tout l'matos électrisé. Pour ces raisons là, il me semble que L'Idylle s'avère pour le moment être un groupe qui fera particulièrement mouche côté live, les publications en ligne devant avant tout nous motiver à aller vivre les morceaux en concert.
Pour avoir vu quelques images d'une date passée, ça envoie fort sur scène et je ne doute pas que la musique que l'Idylle puisse vraiment toucher l'auditoire.
ROMANCE/VIOLENCE
C'est le titre de l'EP qui sortira d'ici quelques jours seulement, le 30/11 et via les plateformes Bandcamp et YouTube. Si j'en crois ce que j'ai lu via les profils Insta de certains membres du groupe, cela fait bien des années qu'un rêve de scène et d'enregistrement les animait, et c'est plaisant de les voir arriver à l'étape de l'éclosion et prendre leur pied en live.
Pour défendre cet EP ils seront d'ailleurs en concert à la maison, à Rouen, au 3 Pièces les 2 et 7 décembre. Une première fois en compagnie de Marmül et de High Vision, ce qui promet une atmosphère emopunk plutôt cool, une seconde avec Anna Sage et Hostile, ambiance plus brutale à la mode hardcore. Je me rendrai sans doute à l'une de ces deux dates, pas encore certain de savoir quelle ambiance j'ai envie de privilégier.
Que de bonnes nouvelles à annoncer du coup, alors que vous venez de les découvrir ! L'attente sera de courte durée, il n'y a plus qu'à patienter quelques jours afin de pouvoir explorer l'EP dans son intégralité. Potentiellement je vivrai ma première écoute de celui-ci en live sur la chaîne Twitch liée à Mes Connus.
Pour finir je vous invite à produire un écho à cette découverte en allant soutenir et encourager L'Idylle avec une vue, un like, un commentaire, une tite interaction qui va bien en utilisant les liens utiles que je vous pose là (j'vous mâche le travail sérieux, lâchez leur un p'tit pouce vers le haut) : YouTube - Facebook - Instagram - Bandcamp (booking/contact : lidyllemusic@gmail.com)
"Capharnaüm" est le premier extrait d'un EP à paraître prochainement, dévoilé il y a une dizaine de jours par le groupe INNER SAVESTATES, actuellement en plein démarchage afin de trouver un label. L'idée : accompagner la sortie de cet EP avec les moyens de promotion et de diffusion utiles. Première chose à souligner dès lors : ami(e)s des labels, on vous réclame par ici.
"You can't fix my body, just debone my soul"
Sur son compte Twitter le groupe se définit comme "blackened post-hardcore" et finalement ce descriptif très contrasté s'avère plutôt juste. Le thème des lyrics de ce premier extrait tourne autour du transhumanisme et d'une mécanisation des corps qui loin de promettre une vie sans souffrance s'illustre avant tout comme une entreprise de dépouillement de l'âme. Au revoir la pensée. C'est très sombre.
Et cela s'inscrit dans une évolution très palpable de la scène metal depuis quelques mois ou années : la fin du monde, l'incertitude existentielle, pas la "quête" mais la "perte" de sens. On ne va pas bien et on l'exprime. Mais par bonheur l'instrumentale se veut très énergique et c'est là que se manifeste le contraste.
Une impression de vitesse, de cheminement, d'avancée se dégage de la rythmique de "Capharnaüm". Et pour ma part je salue cet aspect car à titre personnel je ne suis pas friand de cette tendance à chercher le malaisant à tout prix. Le crust/sludge s'impose partout, et généralement à l'appui d'une atmosphère scénique étouffante, comme si les artistes actuels espéraient foutre la gerbe à leurs spectateurs, comme si la catharsis n'existait plus, et donc comme si le soulagement était proscrit.
J'ai longtemps prié pour un coup de canif dans le principe même de catharsis, considérant qu'être "soulagés" face aux constats alarmants au sujet du réel de notre époque nous poussait à l'inaction, comme un palliatif décourageant. Mais je ne crois pas que l'effacement total du soulagement ou du plaisir, de l'énergie, puisse avoir un effet drastiquement différent.
J'apprécie donc cette tangente : on parle de saloperie moderne et de futur incertain, on constate l'horreur de l'évolution, mais on s'autorise à illustrer l'énergie, le mouvement, à travers les instrumentales.
Cela passe par ce riff "rebondissant" au kick/charley en milieu de morceau, ou dans cette rythmique tribale, cela s'exprime aussi dans le silence impromptu vers la fin, qui surprend et souligne une dynamique entrainante. On n'hypnotise pas complètement et en live le public ne devrait pas ressembler à une foule de zombies dépressifs venus réclamer qu'on leur coupe la tête. Huh huh.
Non, c'est cool, j'apprécie vraiment, car ça bouge. L'idée de contraste et de dynamique se retrouve aussi dans le clip, avec ces images de microcosme et de macrocosme qui se côtoient. Entre images de manipulation du génome, de cellules, et images de l'espace, d'un satellite en orbite. La vitesse dans ces plans de couloirs arpentés à fond les ballons et avec un tremblement bien nerveux. C'est un peu le vertige psychédélique d'une Odyssée de l'Espèce.
On peut donc s'attendre à des thèmes forts sur les sept titres que comptera cet EP, "A fleering glimpse of fulsome deaths".Il n'est pas encore disponible et aucune date ne semble fixée pour sa parution car trouver un label reste la priorité pour le groupe. Il s'attache aussi à préparer un booking de concerts pour la fin 2022 et pour 2023, à partir de la mi-Mars. France, Belgique, Suisse, Luxembourg et Royaume-Uni sont ciblés par le groupe qui peut être contacté à l'adresse suivante : innersavestates@gmail.com
Ici et sur les différents réseaux "Mes Connus" on tentera de suivre et de relayer l'évolution de ce projet avec plaisir. Et on souhaite donc à INNER SAVESTATES de vite trouver les contacts et appuis utiles afin d'être prêts à nous gratifier d'un bel EP, qu'on espère aussi entraînant que ce premier extrait.
Vous y serez systématiquement incités ici et sur les réseaux "M.C", allez donner de la force aux artistes en posant du like, du follow, et même mieux des encouragements si le coeur vous en dit :
[Pour découvrir les p'tites perles dénichées via Mes Connus, allez jeter un oeil à ces playlists YouTube qui ne manqueront pas de s'étoffer dans les prochaines semaines !]
Et oui, c'est un comeback. Il est plus que temps de se remettre à écrire au sujet de la musique et des découvertes culturelles et musicales que je suis amené à faire. Mieux encore, je ne me limiterai pas à l'écriture, puisqu'il y a désormais une chaîne Twitch "Mes Connus", une chaîne YouTube "Mes Connus", un compte Twitter "Mes Connus"... Bref, les supports sont multiples afin de partager les découvertes intéressantes et les sorties (trop) confidentielles.
Les plateformes vidéo vont me permettre de faire de la réaction, de la présentation un peu plus vivante qu'à l'écrit, mais ici j'aimerais pouvoir retourner à la chronique. Et c'est pour cela que je profite de cette annonce de retour pour m'adresser aux artistes qui sortent leurs premiers albums ou EP : contactez moi !
(Peu importe le genre je suis ouvert à tout ; seule chose à savoir : si je n'aime vraiment pas ce que j'écoute, je m'abstiendrai d'écrire et de donner mon avis. Inutile d'être désagréable, je veux respecter l'acte de création)
Je suis hyper chaud à vous écouter et à écrire mes ressentis, à vous encourager et à promouvoir, à ma petite échelle, vos créations et projets. Pour me les faire parvenir, rejoignez @MesConnus sur Twitter et passez pas les messages privés ou en commentaire, peu importe.
Pour ma part je prospecte et je veille afin de dénicher les nouveautés dont je parlerai demain et il y en a déjà quelques unes qui promettent !
[Je ne parviens plus à trouver la fonction "Article/note" sur Facebook du coup je poste ça là. C'est extrêmement long il faudra du courage, mais ça rend compte de ma journée sur Paris le 8/12 petit à petit et j'espère que l'intérêt de la chose soutiendra la longueur du bordel]
Ca samedi 8 Décembre et ce malgré une
longue semaine de mises en garde médiatiques et amicales quant à la
mauvaise tournure qu'une nouvelle manifestation pourrait prendre, je
suis donc décidé à refaire le voyage vers la capitale afin de voir
de mes yeux vivre le quatrième « acte » du mouvement des
Gilets Jaunes.
Je pense qu'il faut le souligner, tout
ce qui a été dit par les « représentants » du peuple
et leurs laquais cathodiques durant les jours passés a créé le
cadre de cette manifestation et posé une base intéressante :
il ne faut pas venir à Paris si vous êtes un manifestant pacifiste
car cet événement sera dangereux. Que fallait-il entendre ?
Que les casseurs seraient extrêmement nombreux du fait d'une
extrémisation rapide et inévitable du mouvement « agrégeant »
des « ultras » de tous bords ? Sans doute était-ce
le message gouvernemental, on peine à penser qu'ils auraient lâché
ce genre d'avertissements en voulant signifier que les forces de
l'ordre allaient mettre le paquet pour choquer des gens et « venger »
les vitrines et autos sauvagement agressées quelques jours plus tôt.
Donc il fallait selon les critères
officiels comprendre qu'aller à Paris ce samedi signifiait prendre
un risque car il y aurait des tonnes de violents extrémistes sans
intelligences politiques et que ces gens là voudraient défoncer des
crânes pour le fun, qu'il s'agisse de crânes jaunes ou de crânes
casqués. Petit souci d'hypocrisie étatique, dans le même temps et
puisqu'on ne pouvait pas admettre que la police serait utilisée
comme une force effrayante et dissuasive il fallait tout de même
dire qu'en France la liberté de manifester est un droit fondamental.
Que donc les CRS sont là pour « protéger » les
manifestants pacifistes bref, je m'arrête là pour le contexte
politique, vous avez du en bouffer vous aussi pendant des jours.
Comme la semaine dernière, je me rends
Gare de Creil afin de prendre un train en milieu de matinée et
arriver sur Paris aux alentours de 11h. En gare, pas un gilet jaune
aux alentours et contrairement à la semaine passée c'est un enjeu
latent : les gens vont-ils donc oser se pointer au cœur d'un
événement que les pouvoirs ont voulu assimiler dès en amont à une
« bataille» qui sera dangereuse ? (La faute à qui on
sait pas du coup hein, mais ce sera dangereux cassez-vous les
manifestants).
Arrivé en Gare du Nord, ça fouille
dès la descente du train. Il faut ouvrir son sac, vider ses poches,
montrer papate blanche. Et je pense que l'expression est toute
trouvée étant donné qu'avec ma tronche de blanc bec à bonnet-bouc
habillé comme un étudiant en com' option konbini, je ne présentais
pas un « profil » me désignant pour la fouille. J'ai
esquivé le truc en douceur même si j'ai cherché tous les agents de
« sureté » du regard afin de les motiver à m'adresser
la parole. Nan j'avais l'air de venir d'on ne sait quelle campagne
déguisé en parisien afin de trouver un avenir là où tout se joue.
Les gens un peu plus larges du treillis en pompes de skateurs et sweats à
capuche « profil j'écoute de la tekno en forêt », bon
ben eux de base ils allaient se faire contrôler dix fois dans la
journée. Les racisés en streetwear je vous en parle même pas. En
gros, si t'avais l'air d'une personne « communément »
perçue comme intégrée au système, t'étais sans doute pas
considéré comme quelqu'un qui se rendait à Paris pour y foutre la
merde et même pas pour y manifester. Donc tu passais le contrôle en gare fingers in the nose.
Premier pas hors de la Gare, un homme
chargé de prospectus s'adresse aux passants afin d'obtenir
d'eux une petite minute d'attention. Je suis venu en curieux je vais
le voir : Salut. « Salut, tu as deux minutes ? ».
Ben oui l'ami je te dis bonjour pour que le reste suive. « Je
peux te donner ce document, il résume les témoignages de membres de
notre église, face aux problèmes actuels, il n'y a qu'une réponse
et tu le sais peut-être déjà, c'est Jésus. ». J'aime bien
ces recueils que j'estime bourrés de mensonges mais souvent bien
maquettés alors j'ouvre mon sac pour le prendre et le démarcheur
aperçoit mon gilet jaune. « Je vois que tu as un gilet jaune,
tu viens manifester ? ». Effectivement et puis prendre des
photos, tâter le terrain etc. « Les Gilets Jaunes c'est encore
un autre symbole du fait que nous vivons dans un monde qui ne va pas
bien. Les gens disent que c'est la faute de Dieu, si Dieu existait il
stopperait la guerre ou la famine etc. Mais non mon ami, c'est
l'Homme qui fait tout ça, et l'Homme rejette ses pêchés sur Dieu
alors que Dieu les pardonne mais leur envoie un message. » Heu,
ok. « Lis les témoignages tu verras ces gens ont réussi à
s'en sortir grâce à la lumière divine ». Mais tu me parles
d'une perception, d'une façon de se sentir là non ? « Non
non, lis-le tu verras, je parle d'argent, de situation, maintenant
ces gens sont riches ». Ah ouais. (L'essence de la foi quoi).
Ben écoute je vais lire ça avec attention. Je tente de lui tendre
la main pour qu'on se la serre mais il semble effrayé (?), j'aurais
voulu le remercier pour l'échange tout simplement, mais il me donne
un « Très bonne journée et fais attention à toi à la
manif » qui me satisfait tout autant.
(Il s'agissait de "Centredaccueil.fr" et sa revue gratuite "Le Semeur" tirée à 380.000 exemplaires)
Je reprends ma longue marche jusqu'aux
champs. Je ne connais pas bien Paris et je me retrouve Rue de la
Victoire et je remarque un grand bâtiment, imposant, un ouvrage
d'art, mais peu de sculptures ou d'imagerie dessus. Je vois de
l'hébreu « Ah, ça doit être une synagogue ». Curieux
comme jaja et friand d'art je me pose droit comme un piquet devant,
j'aperçois derrière les grilles des militaires en faction dont
certains contrôlant une personne qui désire entrer. Je me dis que
je vais rester dehors et à distance. Mais rester dehors et à
distance en scrutant l'édifice attire un policier en civil posé
contre un mur non loin. « Bonjour. Vous cherchez quelque
chose ? » I'm'dit. Non j'ai juste été surpris par ce
bâtiment que je ne connais pas alors j'admire par curiosité. « Vous
savez ce que c'est ? ». Oh ben oui une synagogue je pense
non ? « C'est la plus grande synagogue d'Europe ».
Ah carrément ? Ah ok. «Vous vous intéressez à la religion
juive ? » Non je suis ancien étudiant en art et j'adore
regarder le détail de ces bâtiments mais je suis surpris, ne
connaissant pas bien les règles liées à la figuration etc je
trouve le bâtiment très beau mais néanmoins pauvre en sculptures
même juste ornementales etc. Je continue à fixer le haut du
bâtiment et il me dit « Vous venez manifester non ? ».
Je dis oui. Il me lache alors un « Très bien, bonne journée
alors. » en me fixant du regard. Ses yeux me disent « Vous circulez maintenant, vous parlez bien mais rien ne me dit que vous êtes pas un assassin antisémite ». Alors je dégage hein la journée commence à peine les problèmes peuvent attendre.
Je décide de suivre le son de l'hélico
de gendarmerie non loin et de me diriger vers la zone qu'il survole,
ça m'économisera le GPS et donc la batterie. Plus
j'approche de la zone de manifestation plus j'entends les sirènes de
la police. Ca n'arrêtera plus jusqu'au soir. J'arrive près du
Printemps après avoir remarqué des CRS en faction proches de la
Gare St Lazare et là aussi, un cordon policier a pris place.
Personne ne passe. Bon, il y a une rue non loin pour contourner la
zone je vais la prendre. Pas de bol un camion de police arrive et une
rangée de flics style brassard-tonfa-casque arrive et se met en position afin de bloquer la circulation des piétons. Demi-tour
complet, le détour sera plus long que prévu et je commence à sentir que l'état policier est en pleine forme.
J'arrive près des champs. Sur la route
j'ai vu plein de rues fermées par ces murs de plastique et de
grilles métalliques de la police, un vrai zoo policier avec plein de
CRS qui te fixent, qu'on ne peut pas approcher et dont on se demande en les
regardant s'agiter s'ils sont nourris et bien traités. On leur
jetterait bien une cacahuette mais ça mord ces bestioles. Et on n'a pas le temps. Plus
j'approche des champs plus les cris « Macron démission ! »
deviennent imposants. Et en arrivant sur place je le constate :
il y a nettement plus de monde que la semaine passée. Mais sérieux,
c'est ouf. Je suis au bas des champs, côté concorde (encore
bouclée), et si la foule est à ce niveau un peu éparse, plus je lève les yeux vers l'Arc de Triomphe plus il s'agit d'un bloc. Je vais
remonter ça en vitesse, trop excité de retrouver un mouvement plus
classique, unitaire, massif, qui en très grande majorité est venu "discipliné".
Sur le chemin des tonnes de pancartes
bien inspirées dont un « Social Wars : République VI Un
nouvel espoir » qui m'amuse indépendamment de ce que je peux
bien penser d'une sixième république. Des affiches détournées de
« La vérité on te ment » avec au casting les membres du
gouvernement. Bref, je sens qu'il y a une très forte population de
manifestants qui ont l'habitude de sortir et de créer de belles
pancartes, et déjà le message de dangerosité de l'événement perd
de son impact. Autour de moi il y a bien 80% de gens posés qui
marchent ou discutent, scandent un slogan une fois de temps en temps
mais ne démontrent pas l'envie d'affronter qui que ce soit
physiquement. 10% de gens sans doute un peu alcoolisés et fatigués
de manifester préfèrent pour leur part crier sur tout le monde
qu'on est trop pacifistes, trop gentils, trop moutons, et qu'on
devrait remonter l'avenue et aller montrer aux CRS de quoi on est
capables. Moi je regarde ça d'un œil plutôt condescendant, je me
dis pauv' gens complètement à l'ouest qui n'avanceront sur rien ou
semblent chercher la blessure, mais ça c'est mon point de vue.
Et puis 10% de gens organisés,
équipés, émeute-ready qui sous leurs lunettes de ski et leurs
vêtements noirs semblent être les habituels black-blocs. Ils ne
parlent à personne, seulement entre eux, se déplacent en groupes
pressés, circulent en zigzaguant entre les manifestants. Ils sont là
pour un truc précis y'a pas de doute, ils veulent faire la guerre.
Tant qu'on ne les voit pas faire, on les laisse user de leur libre
arbitre, ils vont et viennent sans emmerder personne. Ca changera sur
le haut des champs lorsque face à un immense contingent policier ils
auront leurs premières palpitations libertaires, celles qui
traduisent le fait d'être en manque de jets de pavés. On en
reparlera.
Comme d'hab je peux dialoguer avec
plein de gens, je prends des photos de pancartes en félicitant les
auteurs, « bien trouvé mec ! » « haha
excellente ton affiche bravo ». Des groupes ont des banderolles
de grande taille dont l'une « Référendum d'initiative
populaire ». Une autre qui a le génie de détourner les
symboles est un gigantesque drapeau français et sur chaque couleur
une étoile rappelant celles du maillot de l'équipe de France. Du
coup il y en a trois des étoiles, une pour le bleu *1789 une pour le
blanc *1968 et une pour le rouge *2018. C'est classe, les
photographes comme moi s'atroupent comme des vautours, comportement
notable lorsqu'une belle affiche apparaît, qu'un manifestant se met
à hurler sa vie ou plus souvent lorsqu'il y a du sang et des larmes.
Je remonte l'avenue mais difficile de
ne pas remarquer les détonations hyper violentes qui viennent d'en
haut et qui ne rassurent pas. Extrêmement sèches mais lourdes,
elles poussent à croire qu'une bombe artisanale a pété. Puis
trois, quatre, dix, cinquante explosions du même genre font oublier
cette idée « Putain ça doit être les trucs des CRS en
fait ».
En bas des champs une rue permettait
l'accès et autorise encore la sortie, au milieu des champs une rue
sur la gauche semble dégagée. Choses à noter quand tu te rends
dans ces événements. Même s'il est parfois difficile de trouver
une voie d'issue au gré des mouvements de foules et de police, mieux
vaut ne pas entrer dans les rassemblements sans savoir comment en
sortir. Ce qui est encore plus vrai lorsque le reste de l'avenue est
une gigantesque nasse. Car plus haut toutes les rues perpendiculaires
sont bouclées par des murs immobiles de CRS. Derrière eux, plus
haut dans ces rues, d'autres camions d'agents attendent, établissant
un cordon sécuritaire au cas où nous tenterions de passer au
travers et de courir vers l'oxygène.
BOOM. BOOOOOM. BOOM. BOOM. BOOM. Putain
ça recommence. Je comprends pas, tout le monde semblait posé, c'est
déjà l'émeute ? Ben non. Mince. Plus je monte les champs plus
les gens sont stressés, apeurés, et bien vite je vais connaître le
sentiment. Un mur de CRS s'est positionné face aux manifestants sur
le côté droit de l'avenue, je m'approche et discute avec deux
streetmedics aperçus nettoyant les yeux d'un manifestant. Je leur
fait une tape sur l'épaule et leur dis Respect les gars. « C'est
normal » me répond l'un d'eux. Et ben non mon pote c'est pas
normal. Car tu n'es pas là pour soigner des casseurs et tout le
monde le sait. Tu es là pour aider les manifestants qui morflent, et
aujourd'hui tu vas avoir du taff.
On papote et BOOOOOOOOOM. « Ca c'est une F7. C'est même pas légal
en temps de guerre. Ca arrache des jambes cette merde. (BOOOOM) Ca c'est une F4 qui est un peu moins forte». (Ses refs techniques me semblent un peu bancales, mais le propos est valide). Quelque part je ne lui dis pas mais bon sang, si elle tombe sur ta
main ok, mais sinon, ON NE RAMASSE PAS UNE GRENADE. Hey ok hein,
c'est n'importe quoi de voir ces engins utilisés dans un contexte de
manifestation et encore plus lorsque 90% des gens ne font rien de
mal. Mais par pitié répétez-le à ceux dont vous savez qu'ils
iront en manif : ON NE RAMASSE PAS UNE GRENADE. Répétez après
moi. ON NE...non bon je rigole mais dites-le à tous les
manifestants. Une grenade ? On se retourne, on se tient la tête,
on se protège le visage, on s'éloigne sans courir comme un dératé
en particulier s'il y a 500 personnes autour, on fait tout ce qu'on
veut ou peut, mais pas ramasser la fuckin' grenade. Rangez vos mains
les copains. C'est utile des mains. D'ailleurs si vous pouviez
renvoyer ces grenades sur des mecs en armure de chevaliers de l'ordre
je vois pas ce que ça produirait de plus qu'un BOOOOOOOOOM.
Le streetmedic tourne la tête et voit
un type « Oh tu serais pas le type de Libération qui a filmé
Burger King ? » Ouais c'est lui. Ils échangent vite fait
et je prends la suite. Dis mec t'as sans doute déjà couvert des
manifs t'es pas surpris par la config là ? « Bah
franchement si, enfin j'ai déjà vu de la nasse/lacrymo mais là
c'est fou quoi, les gens sont posés, enfermés, grenadés alors que
t'as pas tant de casseurs que ça ». Un gilet jaune à côté
« Excusez-moi mais je n'ai même pas vu de casseurs moi hein,
je sais pas où ils sont vous les avez vus vous ? ». Je
dis avoir aperçu des gars style blackblock et que c'est sans doute
eux, mais je ne les ai pas vu agir. A ce moment là un gilet jaune me
dit « Oh putain les cons. T'as pas vu ? Un gilet
jaune s'est pris un pavé sur le bras là ! ». Ah non j'ai
pas vu. Mince. Y'a donc bien des casseurs, mais voilà le début
du problème.
Ils sont en minorité flagrante.
VRAIMENT. Je le souligne pour les lourdingues qui parviennent
toujours à trouver un argument aux bavures : « Ouais ben
si t'as la gueule arrachée c'est que t'as bien du faire quelque
chose gné. Les flics font pas ça par plaisir double-gné ».
Nan mais les gens, voilà une image pour bien faire comprendre la
configuration : 1000 personnes dans une pièce, 10 d'entres
elles foutent la merde, alors 100 grenades seront lancées. La
« doctrine » de Castaner et des forces de l'ordre qui
consiste à ne pas aller au contact s'avère en réalité plus
barbare qu'autre chose. Des gilets jaunes voulaient arrêter
eux-mêmes les casseurs mais n'osaient pas, ils n'ont pas de
boucliers, de tonfas et d'armures. Déjà que leurs masques et
casques ont été pour beaucoup confisqués/interdits. Alors que des
gilets jaunes croyez-le bien aimeraient voir les CRS bouger leur cul
en pack pour aller choper du casseur. Peut-être même qu'on les y
aiderait en les retenant par le col.
Mais non, la doctrine est ainsi faite.
Au cœur d'une foule non-violente mais libertaire, on considère
qu'un casseur prend un risque, doit assumer ses conneries s'il est
puni physiquement. Mais il ne risque pas grand chose de plus qu'un
manifestant pacifique le casseur, puisque la réponse c'est trente
grenades dans la gueule de la foule non-violente plutôt qu'une
trentaine de pas pour choper le violent et l'interpeller. Que se
passe-t-il alors ? Les pacifistes s'énervent. Ils s'approchent
des CRS, leurs crient dessus les habituelles phrases sans effet :
« Mais vous avez pas d'gosses ? Vous voyez pas ce que vous
faites ? Il est où votre cerveau ? Pourquoi vous êtes
cons comme ça ? Sous l'armure vous êtes des hommes, des
humains bordel ! On en est plus conscients que vous c'est
hallucinant ! Enculés ! ». Un manifestant passe même
près d'un cordon qui bouche une rue et crie un truc qui fait marrer
les gilets jaunes : « Et bah j'espère que vous baiserez
pas ce soir ! J'espère que vous allez vous branler pendant des
mois vous méritez pas de connaître l'amour bande de fils de
putes ! ».
Toujours à proximité de mes copains
streetmedics, ça détonne à nouveau. BOOOM. BOOM. BOOOM. BOOM.
BOOM. BOOM.....BOOOOOOOM...BOOM. BOOM. BOOOM. (Beaucoup de booms pour
que vous pigiez les salves interminables). Et là un cri « Ahhhh
putain batards ! ». une jeune femme se tient le bras et
s'approche de nous, les streetmedics vont vers elle, les
photographes courent vers nous tous. Je ne vois pas ce qu'elle a
étant hors du cercle, mais elle pleure et c'est moche. Les
streetmedics décident de l'accompagner vers une rue bouclée et
demandent aux CRS de laisser passer. Ils sont ok, ils ont un médecin
pas loin. Le streetmedic lui restera ici, un CRS accompagne la jeune
femme. Plus tard je la recroiserai dans la manif : ils m'ont
ramenée après m'avoir désinfectée et bandée etc. « Toi t'es là t'es posée tu fais rien de mal tu te prends un flashball dans la gueule quoi ». Mais ça
va mieux ? «Oui ça va mieux, en même temps je me suis assise à côté d'un gars t'aurais vu la gueule de son pied ». Je n'ai pas eu le temps de bien comprendre ce qu'elle me disait que d'autres pétaient à proximité nous poussant à focaliser notre attention sur ce qui se passait autour.
On continue de discuter en haut des
champs avec les streetmedics et un homme aux cheveux rasés très
court approche, tous les regards sont sur lui, et en le voyant
moi-même je comprends pourquoi. Son crâne pisse le sang. Il marche
et se dirige vers le lieu où la jeune femme avait été évacuée,
les CRS le laissent passer et l'emmènent. Les détonations
continuent et n'arrêtent plus. Les CRS nous demandent de ne pas
rester près d'eux. « Bah ouais parce qu'ils tirent même sur
leurs collègues ces cons là » dit un gilet jaune venu
demander à un CRS de lui garder sa 8-6. (Prix du Meilleur Troll du jour).
.
Avec les manifestants autour on commence à s'inquiéter parce que ça remue beaucoup en face, les policiers chargent et balancent de la grenade à foison, ça se rapproche de nous et on sent qu'ils vont charger de ce côté aussi.Un CRS précise « Quand on chargera je
vous le dirai, il faudra partir avant nous, prendre de l'avance et ne
pas rester là sinon on sera bien obligés de vous pousser, pas
forcément violemment mais quand même au bouclier ». Ok poto, t'es gentil
de nous expliquer une partie de ce qui ne va pas. Les manifestants ne
sont pas protégés par les CRS qui même s'ils dialoguent obéissent
à des ordres et à une logique qui sentent la connerie. Le propre de
tout ça c'est d'agiter la foule, l'énerver, faire subir à des gens
qui ne le méritent pas un traitement qu'on dit vouloir appliquer à
des « ultras ». Mon cul sur la commode. Les grenades n'ont pas de têtes chercheuses, quant aux CRS, on finit par se demander s'ils ont une tête tout court.
Mouvement de foule, on se met à
courir, des cris de peur. Des détonations en pagaille. De l'autre
côté de l'avenue grosse charge de CRS accompagnés de
tonfas-brassards-casques. Ca pue. Mais tellement. On ne manifeste
même plus, on regarde et on attend. BOOOOOOOOOOM. Putain celle-là
était à dix mètres, je me colle à un mur, dos tourné, je mets ma
capuche par dessus mon bonnet et je commence à trembler. L'instinct
de survie s'exprime, rien ne va plus. On est des dizaines contre le
mur, on se tient loin de la rue, mais on ne peut pas s'en aller, les
accès étant bouchés. Après quelques minutes, je me décide à
redescendre l'avenue. Sur le chemin les détonations continuent, des
mouvements de foule récurrents. Lors d'une course mon appareil photo
tourne en mode vidéo, pointé vers le sol, je vois une belle trace
de sang et la filme tout en courant. Je déteste ce que je vois. Je
le redis, 80% des gens étaient immobiles, posés, manifestants mais
« responsables » comme dirait le premier connard
gouvernemental venu. Je vois quand même un blackbloc éclater un
morceau de trottoir au sol pour en faire du pavé. J'ai enfin vu mon
premier casseur du jour.
Le trottoir pété en arrière-plan, ceux qui sont dans l'image n'y ont pas touché (précision utile).
Un Gilet Jaune discute avec sa pote et
demande « Mais ils sont où les médias BFM et tout ? »
« Sur un toit » répond sa pote. « Putain ils
doivent payer cher pour une vue des champs au balcon ». Je ne
peux m'empêcher d'intervenir : Heu non mec, ils sont chez
Publicis je pense que c'est gratuit et qu'il y a même des petits
fours. Mais sa question traduit le fait que certains sont bien à
l'abri pendant que nous, nous en chions sévèrement. Je ne devrais pas être trop dur avec eux, lorsque tout le monde sera parti ils prendront tout de même le risque de filmer quelques débris fumants entourés de Bacqueux et de pompiers. #cynismeinside
Je commence à ne plus avoir envie
d'être là. Au bas des champs je peux souffler mais des manifestants arrivent encore,
n'ont aucune idée de l'atmosphère plus haut. L'un d'eux nous
engueule alors qu'il n'a rien vu « Bah alors feignants venez là
haut là vous restez là comme des cons ça sert à rien, allez venez avec nous ! ».
Sa face amusée croise mon regard endurci et je ne peux pas m'empêcher de
lui hurler dessus : Vas-y va bouffer ta grenade et reviens nous
dire ça abruti ! Vas-y va morfler et tu pourras l'ouvrir, allez va là-bas ! Je
m'éloigne en lui tournant le dos et criant un monumental
« Abruti ! ». Les gilets jaunes autour me regardent
mal mais semblent s'interroger. D'autant que j'ai le logo "peace" dessiné sur mon gilet et que visiblement j'ai plus trop la force de paix en moi. Un jeune femme du 77 discute avec moi
et me dit qu'elle sent qu'on nous a baisés et qu'on ne peut pas
manifester sereinement et pacifiquement. On tombe d'accord, tout est
fait pour embraser la foule. Ils avaient dit aux GJ de ne pas venir
pour affronter seulement des casseurs, peut-être, ils ont ensuite vu venir énormément
de GJ et des casseurs en infériorité, bon ben ils ont quand même
appliqué la « doctrine » du jour et agi comme s'il n'y
avait que des casseurs. En tous cas c'est ce que j'ai ressenti.
Je prends mon téléphone et appelle ma
mère, qui je le sais squatte BFM en s'inquiétant probablement alors
je la rassure en lui disant que je vais bien, je suis juste mal dans ma tête.
Je lui demande ce qui se dit à l'antenne : « Oh bah ils
disent que ça se passe bien, que c'est bien mieux que la semaine
dernière ». Je la coupe un brin trop agressivement. QUOI ?! Ils disent que ça se passe bien ?
Mais j'ai vu du crâne ouvert, une jeune femme blessée au bras, on m'en raconte d'autres, ils
lancent des grenades et chargent sans arrêt. « Rah putain. Ils
disent pas ça à la télé ». Tssss tu m'étonnes je reste dix
minutes au téléphone et lui explique que comme la semaine passée
on voit de la fumée noire s'élever depuis les rues adjacentes. Plus
tard elle me dira par sms que les CRS chargent aux chevaux rue de Bretagne, que c'est la merde rue de Courcelle, que ça part en vrille
rue Réaumur. Finissant de me convaincre qu'il faut partir.
Je vais vers la rue ouverte sur la
partie gauche et basse des champs. Je me pose là pour vapoter en
stress, la nicotine m'apaisera. Des gilets jaunes entre potes
discutent du fait que c'est n'importe quoi. Je les informe avoir vu
un crâne ouvert, une femme blessée, des mouvements de foule. Eux me
disent qu'une grenade a pété sur le crâne d'une manifestante.
Effroi dans ma tête, je demande comment elle va ? « Elle
avait une capuche heureusement, alors la capuche a brulé et elle a
une putain de bosse sur la tête mais elle a pu marcher etc ».
L'un d'eux est au téléphone et répète ce qu'on lui dit «De quoi? Les trains ne circulent plus ? Bon. Pardon ? Mort quoi ?». On stresse direct et on lui saute dessus pour demander s'il y a une mort annoncée, il dit ne pas avoir bien compris, nous non plus, on n'en saura pas plus et apparemment avec le recul, aucune mort n'a été annoncée mais cela témoigne de l'atmosphère qui régnait. En face de moi je vois un homme assis sur le rebord d'une vitrine,
endormi. Je le prends en photo et le filme, alors que des gilets
jaunes sentent qu'il faut s'en aller et se mettent tous à s'engouffrer
dans cette rue. Ca charge probablement même sur la partie basse. Je
me casse.
Remontant la petite rue, j'arrive sur
une petite place blindée de gilets jaunes, et dans les rues suivantes que
j'aperçois au loin, même foule de couleur unie. Y'a tellement de
gens c'est ouf. On monte une rue, on en voit une sur notre droite,
des GJ en arrivent et préviennent « Pas par là ils
arrivent ! ». Ok, on prend une autre rue, sur la gauche
une rue et des GJ qui arrivent « Demi-tour les gars faut pas
aller par là ». Bon. On continue tout droit alors. Le bruit de
l'hélico fout l'ambiance, et la fumée au bout de la rue prépare au
pire. Mais là, pas de flics. Au sol des traces de projectiles de CRS
mais ici le ratio pacifistes/violents a changé. Je dirais que 30
à 40% des gens présents sont passés en mode émeute, les autres commencent à admirer car ils sont révoltés par ce qu'on leur a mis toute la première partie de journée. Un feu au
milieu du carrefour fait de débris divers, les pavés détachés,
les grilles métalliques des arbres trainées au milieu de la rue et
d'un coup une trompette sonne la marseillaise, reprise par la foule
moins grande que sur les Champs mais tellement plus imposante par la
voix.
Impressionné par le caractère
insurrectionnel et révolutionnaire du moment, je me mets à
reprendre quelques mots en cœur. Je n'aime ni les symboles
républicains ni la Marseillaise (j'ai mes raisons) alors j'y vais mollo mais je dis plus tard à un GJ
« Peu importe les mots et ce à quoi ils renvoient ce qui
importait à ce moment là c'est qu'on dise tous les mêmes mots en choeur ». C'est ça
qui me donne un frisson, plus sympa que les tremblements plus tôt.
On avance, ça brule encore plus, et des pavés commencent à venir
de l'arrière (les potes qui ont vu le live facebook savent) alors je
décide de rebrousser chemin. Je ne veux pas être blessé je suis
pas là pour ça.
Plus loin une voiture brûle, des
pompiers s'affairent, personne ne les emmerde. Sur le trottoir d'en face des Gilets Jaunes marchent vers nous les mains en l'air. Derrière les pompiers une
dizaine de tonfa-brassards-casques (je vais finir par les appeler
TBC) et sans doute flashball/lacrymos venus les protéger sont tout de même en retrait, et on dirait
que ce sont les pompiers qui permettent aux flics de ne pas être
ciblés par des projectiles. On arrive à proximité du Conseil
social et environnemental machin truc, je me pose sur un banc.
Mouvement de foule, les GJ courent vers moi. Putain mais laissez moi
me reposer les jambes quoi !
Décidé je quitte le cortège, à
proximité une rue gardée par un seul camion de CRS est empruntable
car ils sont trop peu nombreux pour bloquer quoi que ce soit. Je
passe devant eux et les regarde, rigolards, posey comme jaja, et mon
regard se fait accusateur. La Tour Eiffel n'est plus très loin, je
traverse le pont et me trouve un banc. La pluie commence. Le
sentiment de dépression aussi. Tout ça est d'une mocheté profonde.
Mais derrière moi les touristes vivent leurs vies, achètent des
churros, tapent du selfie monumental, promènent le chien, font leur
jogging. Un début de réalité se dessine. La nasse coupe du monde.
Des GJ arrivent dans la même zone, peu nombreux, et bien vite une
vingtaine de camions de CRS gyros et sirènes à fond. Ils prennent
de l'avance sur les GJ. Et la carte postale touristique change de
gueule ce qui malgré tout n'empêche pas les insouciants de
persister dans leur état d'esprit déconnecté.
A ma gauche
A ma droite
Je remonte le Champs de Mars. Au loin
des GJ pètent une camionnette et des
arrêts de bus, derrière eux un mur de CRS et des barrières qui
n'ont pas tenu longtemps. Les CRS les ramassent et un petit
détachement suit l'attroupement. De mon côté je vois la scène
avec à ma droite et à dix mètres un couple d'amoureux faisant
leurs photos avec la Tour en arrière-plan. C'est symbolique. Je fais
une vidéo (instagram) en rigolant nerveusement. Où va ce putain de
monde me dis-je.
Mon périple se termine bientôt. Je
traverse un beau quartier, sur l'Avenue Floquet et j'y découvre
l'ambassade d'Éthiopie, un brin interloqué (qu'est-ce qu'elle fout
là entre les Cayennes, Audi, Mercos et autres dorures puantes? Y'a comme un truc pas net).
J'ai toujours mon gilet jaune mais je suis tout seul. Un vieil homme
qui passait par là m'approche. « Vous devriez faire attention
en portant ce gilet ici ». Ah bon monsieur ? « Ben
oui vous avez vu votre mouvement à quoi ça ressemble ? C'est
les cités qui viennent mettre le feu ça. Vous savez ici les gens
vont finir par sortir les fusils ! ». Ah oui, je comprends
bien, c'est dommage. « Mais c'est pas dommage c'est à vous
d'enlever ce gilet enfin ! » Que voulez-vous on essaye
d'avoir un symbole commun, ça rassemble des gens très différents
aux idées et méthodes très différentes. « Oui enfin des
gens différents... Vous voyez bien ce que c'est... Enfin... »
Je vois très bien ce que vous avez sur le cœur monsieur. « Ben
oui c'est des basanés quoi ». Oui monsieur. « Et puis
les gens vont s'énerver ici ». La division ne rend service à
personne monsieur. « Ben oui la division ça fait perdre tout
le monde ». Je sais monsieur. « Vous voyez pas ce qui se
passe ? » Si monsieur, oui monsieur, ok monsieur (Bon tu
me rends ma jambe steup'?).
On finit par se lâcher devant
l'académie militaire et je me retrouve complètement seul en gilet
jaune dans une foule de parisiens trendy djeunz snapeurs de la mode,
des lycéens qui laissent une odeur bourgeoise sur leur passage
et leurs mots sont presque amusants « Y'a même pas moyen de
faire du shopping aujourd'hui c'est quoi ce week-end de merde
hahahaha ? ». « Vivement que ça se termine ces
conneries ». « Lol mais il s'est perdu lui ? C'est
le vilain petit canard ! ». Je croise des tas de potes du coin qui
se mettent à éclater de rire en me voyant approcher. Tantôt je les
regarde en souriant, ambassadeur des basses classes parfois mieux éduquées que les hautes, tantôt je fixe mon chemin et petit à petit mon
visage se décompose. A mesure que je pige la déconnexion, le fossé
entre GJ et reste du pays. Fossé à l'image de divisions
politiciennes liées aux appartenances partisanes, aux intérêts de
classes, à l'organisation du diviser pour mieux régner, tellement
en forme et pour l'instant pas réellement en danger. Ne faisons pas les malins, des gens qui défendent le gouvernement aveuglément et justifient la moindre barbarie policière, on en embrouille quotidiennement sur nos réseaux.
Je veux aller prendre le train et
retrouver mon Oise grisonnante mais plus réelle. Mais les ponts sont
fermés. Près de la concorde les agents des BAC se préparent, garés
sur une voie fermée. Je les vois de loin, j'enlève mon gilet jaune.
Je veux pas être leur début de quota. Je traverse le pont de la
Concorde, au bout un mur de CRS empêche de passer. Je demande à un
CRS : Bonsoir excusez-moi (je suis bien élevé quand même)
pour aller Gare du Nord par où peut-on passer ? « Prenez
à droite sur les quais là, passez devant les Tuileries un pont sera
ouvert. » (En fait la passerelle Léopold Sédar Senghor). Je
lui réponds Merci. Vous êtes de Paris ? « Pas du tout »
dit-il en souriant, je lui dis Ben merci de m'avoir renseigné
alors ! Mais je sais qu'il a des consignes et qu'il sait que ce
chemin est bon alors j'y vais. De toute façon mon GPS confirme la
direction. (La confiance règne). Les quais sont très peuplés, des manifestants loin de
l'épicentre et en direction de leurs transports du retour sont là mais les parisiens aussi. Par endroits des
barrages de CRS fouillent encore les sacs. Mais avec courtoisie et
hypocrisie, concepts relativement similaires dans ce genre de
situations, tout se passe bien. Juste une image surprenante du Paris
nocturne allumant ses lampadaires et ses monuments alors qu'au loin
les sirènes de police ne s'arrêtent jamais, alors que le phare de
la Tour Eiffel transperce un voile dont on ignore s'il est fait de nuages
ou de fumées.
Arrivé à la fameuse passerelle un GJ
semble perdu et se gratte la tête en pestant, un homme qui remonte
sa braguette en sortant d'un recoin humide et puant, lui dit en me
désignant « Ben tiens demande lui à lui là ». Le GJ
m'approche « Vous n'auriez pas une batterie externe ? Je
suis venu de Roanne (42, c'est loin !) avec mes collègues en
bus et je me suis perdu je comprends rien à Paris. Je voudrais les
appeler mais j'ai plus de batterie ». Je le regarde avec un
sourire malicieux et l'espace d'une seconde il croit que je suis un
parigot qui se moque de lui mais je dis « Ouais, j'ai une
batterie externe mec ». Il est trop content. Je me pose avec
lui 5 minutes le temps que ça charge un peu, il appelle tout en
ayant la batterie branchée, mais la ligne coupe. « Rah putain
d'connerie ». Il remet la batterie en place et paf un de ses
collègues lui aussi tout seul et au téléphone le trouve et lui
dit « Bah t'es là ! ». Le miracle est total. On
repart tous ensemble en marchant sur la passerelle, le pote me
remercie, je leur souhaite bon courage et je dis que mes jambes
sont mortes, que Gare du Nord c'est loin...
Passant devant la station de métro Pont-Neuf
j'aperçois qu'elle est ouverte et par chance un employé de la RATP
m'informe que je peux rejoindre la Gare de l'Est puis la Gare du Nord une station plus loin. Là-bas des Gilets Jaunes sont tous assis
en groupes au sol, dévorent des sandwiches achetés hors de prix dans
les boutiques de la gare. D'autres à proximité des toilettes au
sous-sol ont simplement l'air cuits. Ils ne bougent plus, regardent
passer les gens comme s'ils étaient sans-abri. J'échange quelques
sourires et je m'en vais pisser pour 70 centimes d'euros. Au moins le
mec qui tient les lieux est sympa, mais ça fait cher le soulagement.
Dans les toilettes, un pavé posé près de la brosse. Ambiance
insurrection hygiénique. Derrière moi la porte est recouverte de
tags dont certains qui renvoient à la situation sociale. « Le
chômage ! Le chômage ! Un métier d'enculé ! Être
flic un métier de bâtard !! ». « Tu
es entouré et rarement seul. Mais surprenant la façon dont tu te
sens seul ! ». « 10€ pour chier, c'est quoi cette
merde ? » « Cherche asiatique pour faire
l'amour »... Ah celui-là est un peu hors sujet.
Le train est à l'heure, sur le chemin
une altercation entre un ancien de la rue et une nouvelle du crack
(selon ce qu'il dit en l'insultant et lui intimant l'ordre de quitter "son" train) alimentera une discussion houleuse digne
d'un CamClash de Paris à Creil sans interruption, ponctuée par une
agression verbale par l'homme extrêmement engagé et conscient mais beaucoup trop agressif pour en faire un avantage, à l'encontre d'un jeune agent SNCF.
Une histoire à raconter plus tard... Dans le wagon d'à côté, ça semble s'énerver aussi, on entend crier "On veut pas de gilet jaune ici enculé!". "Ta gueule!". L'homme nerveux assis non loin de moi le prend en souriant et dit à tout le monde que ce sont sans doute des gens qui se connaissent et sont venus manifester. On n'en sait rien en vérité, mais l'ambiance n'est pas au beau fixe, toute la tension française alimente le voyage. Une jeune creilloise énervée par le ton qu'emploie l'homme en particulier au moment d'embrouiller un agent SNCF l'envoie bouler sévèrement, avec beaucoup de courage. Les deux se souhaitent bonne soirée de façon hypocrite mais utile (finir sur une touche de politesse rassure tout le monde). Je la retrouve hors de la Gare de Creil et lui dit bravo, d'avoir su contrôler le moment sans perdre ses nerfs, on discute, on rigole, le dialogue impromptu et toujours souriant avec des inconnus me laisse un peu d'espoir pour compenser tout ce qui est moche et que j'ai vu aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, les Gilets
Jaunes qui se féliciteraient d'une telle journée ainsi que leurs
opposants qui félicitent déjà les forces de l'ordre me semblent tous dans
le déni. Ce qui m'apparaît à moi c'est que même ce mouvement
inédit se voit circonscrit dans un espace dédié, lui-même cerné
par un monde qui s'en tape la cocarde. On est extrêmement loin
d'une révolution populaire, d'une prise de conscience généralisée
ou d'une nouvelle unité du peuple. Je suis finalement parti beaucoup plus tôt que samedi dernier de l'épicentre des "heurts" que j'appellerais plutôt "le merdier organisé" car n'ayant pas de protections et ne pouvant donc pas faire tant d'images que ça, j'ai préféré m'en aller doucement vers mon train du retour, afin de ne pas finir blessé ou de ne pas nourrir encore mon sentiment de tristesse et de dégoût en restant là pour rien... C'est sans doute lâche aux yeux de plein de gens, je suis ok avec ça.
Les conclusions/analyses/déductions
politiques/politiciennes on se les échangera via les réseaux, on
verra bien ce qu'on en pense chacun dans notre coin et selon nos
inclinaisons. En somme on ne fera pas grand chose de différent par
rapport aux mouvements sociaux des dernières années, mais on trouvera peut-être ainsi comment s'y prendre par la suite. Je dirais
seulement que tout ça laisse un goût amer et me semble dire, à
moi, que l'action était nécessaire, mais qu'il faut maintenant
reprendre un travail de communication, on ne rassemblera personne via
les interminables « actes » du samedi. Les divisions vont
juste se creuser entre membres du peuple, le pourrissement va
fonctionner, on va finir déçus ou hospitalisés. Pour ma part je ne
pense pas retourner à Paris samedi prochain (j'ai pas de sous et plus d'emploi alors ça revient cher 10€ le trajet jamais contrôlé) et je ne pense pas être
personnellement favorable à la poursuite du mouvement dans ce
contexte précis des « samedis noirs ». Sinon d'ici
quelques semaines on aura un événement facebook « Acte 19 : Bon cette
fois on vous jure que c'est la bonne vraiment mais véritablement pour de vrai c'est certain»...
Je ne suis pas convaincu que le mouvement bénéficie d'un tel tragique de répétition...
Voici la vidéo de mon parcours
Et pour aller plus loin, indépendamment des opinions politiques qu'il peut soutenir,
Il a parfaitement saisi le moment, la nature violente du dispositif policier ayant poussé l'énervement
ainsi que de nombreuses interviews utiles (et même celle de casseurs).
[Petit MAJ : après le discours d'Emmanuel Macron ce soir (10/12) franchement finalement j'y retournerais bien juste pour qu'il ne pose pas en vainqueur...]
[MAJ de la MAJ : vu le contexte compliqué et parce que je pense que poursuivre dans l'action sans privilégier la communication/la conviction des gens à distance du mouvement, finalement je n'irai pas sur Paris ce samedi]