[Cinéma] Licorice Pizza (spoilers)

[Critique/avis publié sur SensCritique, attention je spoile tout le film]








Au premier abord et dans sa forme très agréable, teintée d'humour, soutenue par une bande-originale rock très énergique, Licorice Pizza ne semble être qu'une historiette, un petit récit sympa sur la difficulté pour deux adolescents d'admettre une attirance mutuelle et sortir de la fameuse friendzone. Et sans doute que beaucoup de spectateurs apprécient le film sans pousser l'interprétation plus loin. D'autres semblent déçus de ne voir que cela, déplorent un vide de sens, une trop grande légèreté et donc un intérêt limité qui de plus se diluerait dans une foule de personnages secondaires supposément trop nombreux. Et pourtant.

Discrètement mais sûrement Licorice Pizza dresse à travers les points de vue de ces deux adolescents et en particulier celui d'Alana un portrait peu élogieux du monde des adultes. Ce que voit la jeune femme dans ce monde semble la heurter, ce qui finira par l'aider à comprendre et à accepter son attirance étrange pour Gary et sa troupe de mioches. Elle repousse d'abord le jeune homme et ne s'autorise pas pleinement à apprécier les marques d'intérêt ou d'affection qu'il tente de lui envoyer, ne veut pas vivre de romance adolescente. Il est bien gentil, mais il est un peu trop gamin.

Avant de potentiellement lui faire davantage confiance et ultimement de lui ouvrir enfin son coeur, elle devra d'abord rencontrer nombre d'adultes qui vont la décevoir et être à la source d'une profonde désillusion. Le comédien star qui endort ses conquêtes à coups de lignes de dialogues repiquées dans ses propres films. Le compagnon supposé de Barbara Strei-SSSand qui s'avère être violent et même toxique, un vrai harceleur. Le candidat au poste de gouverneur, révolutionnaire d'opérette qui échafaude des plans pour cacher son homosexualité tout en méprisant les sentiments de son propre compagnon qui de son côté subit le fait de toujours passer après tout le monde...

Quasiment tous les représentants du monde adulte semblent frapper la rétine et la conscience d'Alana, qui au fil de son apprentissage comprend que Gary, encore très jeune, assume ses défauts et maladresses sans jamais cesser de la soutenir et de lui courir après. Gary "est un vrai". Il a également l'audace de lancer des projets et par dessus le marché il semble avoir des valeurs et ne pas supporter les agressions. Lorsqu'il expérimente les techniques de commerce et de vente par correspondance il suggère à Alana de prendre une voix plus sexy pour baisser la garde de ses prospects, mais réagit mal face à l'excès, en réalité au mensonge. Il n'aime pas non plus l'idée qu'Alana soit forcée de se dévêtir pour avoir plus d'opportunités professionnelles.


En clair, Gary n'accepte pas la compromission personnelle que les adultes de leur côté utilisent comme une drogue dont ils ne sauraient pas décrocher tout en maquillant mal l'enlaidissement suscité par ses effets secondaires. Plus tard Jon Peters le menace de tuer son frère pour le dissuader de "saloper sa maison" et réagit alors en... salopant sa maison. Il encourage Alana et salue sa force lorsqu'au coeur d'une crise pétrolière nécessitant le rationnement du carburant, elle conduit en marche arrière un camion à sec pour lui faire redescendre les collines de Los Angeles. A la suite de cette séquence, Alana assise sur le trottoir regarde d'ailleurs au loin Gary et les mioches, puis se cache de Jon Peters le prédateur qui passe tout prêt et importune évidemment deux autres jeunes femmes.




Cette séquence semble particulièrement symbolique. Gary le jeunot entouré de ces mioches avec qui il s'amuse, à contre-jour en haut d'une colline, "au-dessus" de la masse, tandis que Jon Peters, le riche adulte, est au niveau de ce trottoir, exprimant toute sa violence et sa toxicité. Je me demande si Alana à ce moment précis commence à entrevoir l'épiphanie, comprenant enfin pourquoi elle aime traîner avec la bande de jeunes qui ne la trahissent jamais et tiennent à elle, plutôt qu'avec une foule d'adultes auprès de qui il faut montrer patte blanche avant de découvrir qu'ils ont le coeur noir.

Durant ce récit Gary se sent logiquement seul dans sa friendzone et ne peut s'empêcher de séduire d'autres jeunes femmes, de savourer les compliments ou approches de celles-ci, il faut bien vivre. Alana s'en agace. Au bout d'un moment, on assiste à un pur numéro de "Ross-et-Rachelisme". La friendzone devient insupportable et le film s'en amuse avec cette brochette d'adultes cinglés et de personnages secondaires qui demandent chacun à leur tour "Vous n'êtes pas ensemble ?... Pourquoi ?".

Pourquoi ? Simplement parce qu'Alana est un personnage de fiction, dont l'âge reste mystérieux (elle dit à un moment 28, puis se corrige et dit 25, mais je pense qu'il s'agit là aussi d'un mensonge pour se vieillir car son objectif premier est de s'insérer dans le monde adulte à tout prix) ce qui lui permet de faire charnière entre deux périodes de la vie, figure de l'incertitude adolescente et de ce moment où l'on n'est plus certain(e) de vouloir faire comme les grands et où l'on se rend compte qu'il aurait fallu profiter de l'innocence qui va disparaître et qui risque vite de nous manquer. 

Il y a donc un propos intéressant et plus complexe qu'il n'y paraît au sujet de cette désillusion sans doute vécue par nombre d'adolescents actuels et dont les adultes face à l'écran se souviendront potentiellement. Alana s'imagine des choses sur le fait d'être "plus âgé", d'être "grand", de présenter une image de réussite et d'aller dans le monde à son tour. Elle veut être plus mature que Gary. Mais du début à la fin, ce monde des adultes est agressif envers elle, lui met des mains au cul, tente de l'embrasser sans lui demander son avis, lui fait croire en des valeurs affichées qui n'existent en réalité pas derrière le rideau, s'avère peuplé de gens perturbés qui s'inventent une vie plus palpitante qu'elle ne l'est ou qui ne savent pas avoir la tête sur les épaules ou manifester le moindre courage. Les adultes sont visiblement des comédiens qui n'ont pas conscience d'être mauvais.

Gary de son côté ne joue pas avec elle et n'a jamais semblé mentir. Il n'est jamais toxique ou malveillant. Il fait parfois preuve de maladresse, c'est tout. Alors effectivement les dernières séquences du film soulagent car, enfin, se produit ce qui doit se produire. C'est là le véritable moment d'épiphanie pour Alana, et de délivrance pour le spectateur, lorsque le politicien justifie les mensonges et le mépris qu'il manifeste à l'égard de son compagnon en soulignant qu'il "serait temps de grandir" car le monde fonctionne comme ça, à coups de compromissions personnelles et de mépris pour ce qui est vrai. C'en est trop pour Alana, qui cesse de vouloir se jeter dans l'âge adulte et revient vers Gary pour enfin verbaliser concrètement ses sentiments pour lui.

Ce n'est donc pas qu'une petite histoire d'amour rigolote et une frustration injustifiée qui nous pousse vers un baiser de cinéma important, c'est surtout le fait que ces deux-là vivent ce passage à l'âge adulte côte à côte armés d'un attachement et d'un respect qui n'ont rien de factice. C'est un baiser de cinéma qui fait triompher le vrai et qui libère au terme d'une exploration intelligente du monde adulte qui de son côté ne semble se mouvoir qu'à l'aide du faux. Il faut qu'il soit le fruit d'une prise de conscience.

J'ai aimé ce récit soutenu de la plus belle des manières par un film énergique, sensible, qui laisse aux émotions le temps d'imprégner le spectateur et déploie quelques plans ou séquences magnifiques qui méritent d'être salués. Gary et Alana qui se prennent dans les bras, vus dans le reflet de la porte du commissariat qui laisse entrevoir le banc sur lequel on attache les prisonniers. Vision cryptique du lien qui les rapproche, à la porte d'un autre monde fait de brutalité et de faux semblants. Une image simple mais puissante. Et cette séquence incroyable durant laquelle Gary et Alana se téléphonent et semblent se comprendre, tout se dire sans jamais prononcer le moindre mot. Dieu que j'ai aimé cette séquence, ému par un moment de pur cinéma.



Licorice Pizza est un film de qualité qui ne se prive pas d'offrir une écriture complexe et qui fait profondément sens mais sans jamais s'alourdir étant parfaitement équilibré grâce à son humour, sa générosité musicale et rythmique. En résumé : un énorme coup de coeur.

[Éclosion] L'Idylle - Squames

 
Quel plaisir de pouvoir présenter un nouveau venu sur la scène screamo avec le groupe L'Idylle qui annonce la publication très prochaine d'un premier EP avec ce premier extrait "Squames" ! Oui, j'aime le screamo, j'y peux rien. La mélancolie inévitable, le chant souvent écorché qui traduit le besoin de magnifier des sentiments, le spleen des guitares qui oscillent souvent entre ingénuité clean et révolte saturée... Rah, j'aime le screamo ouais. Et ça tombe bien pour celles et ceux qui partagent ce intérêt pour le genre : L'Idylle nous promet un EP et des concerts chargés de tous ces bons éléments.





Ici on appréciera le côté brut de décoffrage de ce son. Pas de noyade dans les effets planants, le côté gaze souvent associé au screamo laisse plutôt place ici à l'influence émo, cousine de sonorités punk et donc un brin garage : les instruments et les mains, ça suffit amplement. Cela permet aussi de dégager beaucoup d'espace pour le chant, qui de son côté est hyper écorché, se permettant de son côté l'utilisation d'une distorsion/réverbération plutôt bienvenue.

Et c'est pas un mal, car sans excès au niveau du traitement/mixage on a l'assurance de retrouver ce qu'on écoute dans nos casques une fois face au groupe en concert, et même une chance de trouver ça encore plus cool grâce à la chaleur du contexte et de tout l'matos électrisé. Pour ces raisons là, il me semble que L'Idylle s'avère pour le moment être un groupe qui fera particulièrement mouche côté live, les publications en ligne devant avant tout nous motiver à aller vivre les morceaux en concert.

Pour avoir vu quelques images d'une date passée, ça envoie fort sur scène et je ne doute pas que la musique que l'Idylle puisse vraiment toucher l'auditoire. 


ROMANCE/VIOLENCE 

C'est le titre de l'EP qui sortira d'ici quelques jours seulement, le 30/11 et via les plateformes Bandcamp et YouTube. Si j'en crois ce que j'ai lu via les profils Insta de certains membres du groupe, cela fait bien des années qu'un rêve de scène et d'enregistrement les animait, et c'est plaisant de les voir arriver à l'étape de l'éclosion et prendre leur pied en live. 

Pour défendre cet EP ils seront d'ailleurs en concert à la maison, à Rouen, au 3 Pièces les 2 et 7 décembre. Une première fois en compagnie de Marmül et de High Vision, ce qui promet une atmosphère emopunk plutôt cool, une seconde avec Anna Sage et Hostile, ambiance plus brutale à la mode hardcore. Je me rendrai sans doute à l'une de ces deux dates, pas encore certain de savoir quelle ambiance j'ai envie de privilégier. 






Que de bonnes nouvelles à annoncer du coup, alors que vous venez de les découvrir ! L'attente sera de courte durée, il n'y a plus qu'à patienter quelques jours afin de pouvoir explorer l'EP dans son intégralité. Potentiellement je vivrai ma première écoute de celui-ci en live sur la chaîne Twitch liée à Mes Connus. 

Pour finir je vous invite à produire un écho à cette découverte en allant soutenir et encourager L'Idylle avec une vue, un like, un commentaire, une tite interaction qui va bien en utilisant les liens utiles que je vous pose là (j'vous mâche le travail sérieux, lâchez leur un p'tit pouce vers le haut) : YouTube -  Facebook - Instagram - Bandcamp (booking/contact : lidyllemusic@gmail.com)






[ÉCOLOSION] INNER SAVESTATES - CAPHARNAÜM

 

"Capharnaüm" est le premier extrait d'un EP à paraître prochainement, dévoilé il y a une dizaine de jours par le groupe INNER SAVESTATES, actuellement en plein démarchage afin de trouver un label. L'idée : accompagner la sortie de cet EP avec les moyens de promotion et de diffusion utiles. Première chose à souligner dès lors : ami(e)s des labels, on vous réclame par ici. 





"You can't fix my body, just debone my soul"

Sur son compte Twitter le groupe se définit comme "blackened post-hardcore" et finalement ce descriptif très contrasté s'avère plutôt juste. Le thème des lyrics de ce premier extrait tourne autour du transhumanisme et d'une mécanisation des corps qui loin de promettre une vie sans souffrance s'illustre avant tout comme une entreprise de dépouillement de l'âme. Au revoir la pensée. C'est très sombre. 

Et cela s'inscrit dans une évolution très palpable de la scène metal depuis quelques mois ou années : la fin du monde, l'incertitude existentielle, pas la "quête" mais la "perte" de sens. On ne va pas bien et on l'exprime. Mais par bonheur l'instrumentale se veut très énergique et c'est là que se manifeste le contraste. 

Une impression de vitesse, de cheminement, d'avancée se dégage de la rythmique de "Capharnaüm". Et pour ma part je salue cet aspect car à titre personnel je ne suis pas friand de cette tendance à chercher le malaisant à tout prix. Le crust/sludge s'impose partout, et généralement à l'appui d'une atmosphère scénique étouffante, comme si les artistes actuels espéraient foutre la gerbe à leurs spectateurs, comme si la catharsis n'existait plus, et donc comme si le soulagement était proscrit. 

J'ai longtemps prié pour un coup de canif dans le principe même de catharsis, considérant qu'être "soulagés" face aux constats alarmants au sujet du réel de notre époque nous poussait à l'inaction, comme un palliatif décourageant. Mais je ne crois pas que l'effacement total du soulagement ou du plaisir, de l'énergie, puisse avoir un effet drastiquement différent. 

J'apprécie donc cette tangente : on parle de saloperie moderne et de futur incertain, on constate l'horreur de l'évolution, mais on s'autorise à illustrer l'énergie, le mouvement, à travers les instrumentales. 

Cela passe par ce riff "rebondissant" au kick/charley en milieu de morceau, ou dans cette rythmique tribale, cela s'exprime aussi dans le silence impromptu vers la fin, qui surprend et souligne une dynamique entrainante. On n'hypnotise pas complètement et en live le public ne devrait pas ressembler à une foule de zombies dépressifs venus réclamer qu'on leur coupe la tête. Huh huh. 

Non, c'est cool, j'apprécie vraiment, car ça bouge. L'idée de contraste et de dynamique se retrouve aussi dans le clip, avec ces images de microcosme et de macrocosme qui se côtoient. Entre images de manipulation du génome, de cellules, et images de l'espace, d'un satellite en orbite. La vitesse dans ces plans de couloirs arpentés à fond les ballons et avec un tremblement bien nerveux. C'est un peu le vertige psychédélique d'une Odyssée de l'Espèce. 

On peut donc s'attendre à des thèmes forts sur les sept titres que comptera cet EP, "A fleering glimpse of fulsome deaths". Il n'est pas encore disponible et aucune date ne semble fixée pour sa parution car trouver un label reste la priorité pour le groupe. Il s'attache aussi à préparer un booking de concerts pour la fin 2022 et pour 2023, à partir de la mi-Mars. France, Belgique, Suisse, Luxembourg et Royaume-Uni sont ciblés par le groupe qui peut être contacté à l'adresse suivante : innersavestates@gmail.com



 

Ici et sur les différents réseaux "Mes Connus" on tentera de suivre et de relayer l'évolution de ce projet avec plaisir. Et on souhaite donc à INNER SAVESTATES de vite trouver les contacts et appuis utiles afin d'être prêts à nous gratifier d'un bel EP, qu'on espère aussi entraînant que ce premier extrait. 

Vous y serez systématiquement incités ici et sur les réseaux "M.C", allez donner de la force aux artistes en posant du like, du follow, et même mieux des encouragements si le coeur vous en dit : 

Réseaux de INNER SAVESTATES : Twitter - YouTube - Bandcamp - Spotify 

[Pour découvrir les p'tites perles dénichées via Mes Connus, allez jeter un oeil à ces playlists YouTube qui ne manqueront pas de s'étoffer dans les prochaines semaines !]


[BIMBAMBOOM] C'est le grand retour

 



Et oui, c'est un comeback. Il est plus que temps de se remettre à écrire au sujet de la musique et des découvertes culturelles et musicales que je suis amené à faire. Mieux encore, je ne me limiterai pas à l'écriture, puisqu'il y a désormais une chaîne Twitch "Mes Connus", une chaîne YouTube "Mes Connus", un compte Twitter "Mes Connus"... Bref, les supports sont multiples afin de partager les découvertes intéressantes et les sorties (trop) confidentielles.

Les plateformes vidéo vont me permettre de faire de la réaction, de la présentation un peu plus vivante qu'à l'écrit, mais ici j'aimerais pouvoir retourner à la chronique. Et c'est pour cela que je profite de cette annonce de retour pour m'adresser aux artistes qui sortent leurs premiers albums ou EP : contactez moi !

(Peu importe le genre je suis ouvert à tout ; seule chose à savoir : si je n'aime vraiment pas ce que j'écoute, je m'abstiendrai d'écrire et de donner mon avis. Inutile d'être désagréable, je veux respecter l'acte de création)

Je suis hyper chaud à vous écouter et à écrire mes ressentis, à vous encourager et à promouvoir, à ma petite échelle, vos créations et projets. Pour me les faire parvenir, rejoignez @MesConnus sur Twitter et passez pas les messages privés ou en commentaire, peu importe. 

Pour ma part je prospecte et je veille afin de dénicher les nouveautés dont je parlerai demain et il y en a déjà quelques unes qui promettent ! 

A bientôt !

Aco

Expérience perso du 8 Décembre (Acte IV) à Paris

[Je ne parviens plus à trouver la fonction "Article/note" sur Facebook du coup je poste ça là. C'est extrêmement long il faudra du courage, mais ça rend compte de ma journée sur Paris le 8/12 petit à petit et j'espère que l'intérêt de la chose soutiendra la longueur du bordel]

Ca samedi 8 Décembre et ce malgré une longue semaine de mises en garde médiatiques et amicales quant à la mauvaise tournure qu'une nouvelle manifestation pourrait prendre, je suis donc décidé à refaire le voyage vers la capitale afin de voir de mes yeux vivre le quatrième « acte » du mouvement des Gilets Jaunes.

Je pense qu'il faut le souligner, tout ce qui a été dit par les « représentants » du peuple et leurs laquais cathodiques durant les jours passés a créé le cadre de cette manifestation et posé une base intéressante : il ne faut pas venir à Paris si vous êtes un manifestant pacifiste car cet événement sera dangereux. Que fallait-il entendre ? Que les casseurs seraient extrêmement nombreux du fait d'une extrémisation rapide et inévitable du mouvement « agrégeant » des « ultras » de tous bords ? Sans doute était-ce le message gouvernemental, on peine à penser qu'ils auraient lâché ce genre d'avertissements en voulant signifier que les forces de l'ordre allaient mettre le paquet pour choquer des gens et « venger » les vitrines et autos sauvagement agressées quelques jours plus tôt.

Donc il fallait selon les critères officiels comprendre qu'aller à Paris ce samedi signifiait prendre un risque car il y aurait des tonnes de violents extrémistes sans intelligences politiques et que ces gens là voudraient défoncer des crânes pour le fun, qu'il s'agisse de crânes jaunes ou de crânes casqués. Petit souci d'hypocrisie étatique, dans le même temps et puisqu'on ne pouvait pas admettre que la police serait utilisée comme une force effrayante et dissuasive il fallait tout de même dire qu'en France la liberté de manifester est un droit fondamental. Que donc les CRS sont là pour « protéger » les manifestants pacifistes bref, je m'arrête là pour le contexte politique, vous avez du en bouffer vous aussi pendant des jours.


Comme la semaine dernière, je me rends Gare de Creil afin de prendre un train en milieu de matinée et arriver sur Paris aux alentours de 11h. En gare, pas un gilet jaune aux alentours et contrairement à la semaine passée c'est un enjeu latent : les gens vont-ils donc oser se pointer au cœur d'un événement que les pouvoirs ont voulu assimiler dès en amont à une « bataille» qui sera dangereuse ? (La faute à qui on sait pas du coup hein, mais ce sera dangereux cassez-vous les manifestants).

Arrivé en Gare du Nord, ça fouille dès la descente du train. Il faut ouvrir son sac, vider ses poches, montrer papate blanche. Et je pense que l'expression est toute trouvée étant donné qu'avec ma tronche de blanc bec à bonnet-bouc habillé comme un étudiant en com' option konbini, je ne présentais pas un « profil » me désignant pour la fouille. J'ai esquivé le truc en douceur même si j'ai cherché tous les agents de « sureté » du regard afin de les motiver à m'adresser la parole. Nan j'avais l'air de venir d'on ne sait quelle campagne déguisé en parisien afin de trouver un avenir là où tout se joue. Les gens un peu plus larges du treillis en pompes de skateurs et sweats à capuche « profil j'écoute de la tekno en forêt », bon ben eux de base ils allaient se faire contrôler dix fois dans la journée. Les racisés en streetwear je vous en parle même pas. En gros, si t'avais l'air d'une personne « communément » perçue comme intégrée au système, t'étais sans doute pas considéré comme quelqu'un qui se rendait à Paris pour y foutre la merde et même pas pour y manifester. Donc tu passais le contrôle en gare fingers in the nose.


Premier pas hors de la Gare, un homme chargé de prospectus s'adresse aux passants afin d'obtenir d'eux une petite minute d'attention. Je suis venu en curieux je vais le voir : Salut. « Salut, tu as deux minutes ? ». Ben oui l'ami je te dis bonjour pour que le reste suive. « Je peux te donner ce document, il résume les témoignages de membres de notre église, face aux problèmes actuels, il n'y a qu'une réponse et tu le sais peut-être déjà, c'est Jésus. ». J'aime bien ces recueils que j'estime bourrés de mensonges mais souvent bien maquettés alors j'ouvre mon sac pour le prendre et le démarcheur aperçoit mon gilet jaune. « Je vois que tu as un gilet jaune, tu viens manifester ? ». Effectivement et puis prendre des photos, tâter le terrain etc. « Les Gilets Jaunes c'est encore un autre symbole du fait que nous vivons dans un monde qui ne va pas bien. Les gens disent que c'est la faute de Dieu, si Dieu existait il stopperait la guerre ou la famine etc. Mais non mon ami, c'est l'Homme qui fait tout ça, et l'Homme rejette ses pêchés sur Dieu alors que Dieu les pardonne mais leur envoie un message. » Heu, ok. « Lis les témoignages tu verras ces gens ont réussi à s'en sortir grâce à la lumière divine ». Mais tu me parles d'une perception, d'une façon de se sentir là non ? « Non non, lis-le tu verras, je parle d'argent, de situation, maintenant ces gens sont riches ». Ah ouais. (L'essence de la foi quoi). Ben écoute je vais lire ça avec attention. Je tente de lui tendre la main pour qu'on se la serre mais il semble effrayé (?), j'aurais voulu le remercier pour l'échange tout simplement, mais il me donne un « Très bonne journée et fais attention à toi à la manif » qui me satisfait tout autant.

(Il s'agissait de "Centredaccueil.fr" et sa revue gratuite "Le Semeur" tirée à 380.000 exemplaires) 

Je reprends ma longue marche jusqu'aux champs. Je ne connais pas bien Paris et je me retrouve Rue de la Victoire et je remarque un grand bâtiment, imposant, un ouvrage d'art, mais peu de sculptures ou d'imagerie dessus. Je vois de l'hébreu « Ah, ça doit être une synagogue ». Curieux comme jaja et friand d'art je me pose droit comme un piquet devant, j'aperçois derrière les grilles des militaires en faction dont certains contrôlant une personne qui désire entrer. Je me dis que je vais rester dehors et à distance. Mais rester dehors et à distance en scrutant l'édifice attire un policier en civil posé contre un mur non loin. « Bonjour. Vous cherchez quelque chose ? » I'm'dit. Non j'ai juste été surpris par ce bâtiment que je ne connais pas alors j'admire par curiosité. « Vous savez ce que c'est ? ». Oh ben oui une synagogue je pense non ? « C'est la plus grande synagogue d'Europe ». Ah carrément ? Ah ok. «Vous vous intéressez à la religion juive ? » Non je suis ancien étudiant en art et j'adore regarder le détail de ces bâtiments mais je suis surpris, ne connaissant pas bien les règles liées à la figuration etc je trouve le bâtiment très beau mais néanmoins pauvre en sculptures même juste ornementales etc. Je continue à fixer le haut du bâtiment et il me dit « Vous venez manifester non ? ». Je dis oui. Il me lache alors un « Très bien, bonne journée alors. » en me fixant du regard. Ses yeux me disent « Vous circulez maintenant, vous parlez bien mais rien ne me dit que vous êtes pas un assassin antisémite ». Alors je dégage hein la journée commence à peine les problèmes peuvent attendre.


Je décide de suivre le son de l'hélico de gendarmerie non loin et de me diriger vers la zone qu'il survole, ça m'économisera le GPS et donc la batterie. Plus j'approche de la zone de manifestation plus j'entends les sirènes de la police. Ca n'arrêtera plus jusqu'au soir. J'arrive près du Printemps après avoir remarqué des CRS en faction proches de la Gare St Lazare et là aussi, un cordon policier a pris place. Personne ne passe. Bon, il y a une rue non loin pour contourner la zone je vais la prendre. Pas de bol un camion de police arrive et une rangée de flics style brassard-tonfa-casque arrive et se met en position afin de bloquer la circulation des piétons. Demi-tour complet, le détour sera plus long que prévu et je commence à sentir que l'état policier est en pleine forme.


J'arrive près des champs. Sur la route j'ai vu plein de rues fermées par ces murs de plastique et de grilles métalliques de la police, un vrai zoo policier avec plein de CRS qui te fixent, qu'on ne peut pas approcher et dont on se demande en les regardant s'agiter s'ils sont nourris et bien traités. On leur jetterait bien une cacahuette mais ça mord ces bestioles. Et on n'a pas le temps. Plus j'approche des champs plus les cris « Macron démission ! » deviennent imposants. Et en arrivant sur place je le constate : il y a nettement plus de monde que la semaine passée. Mais sérieux, c'est ouf. Je suis au bas des champs, côté concorde (encore bouclée), et si la foule est à ce niveau un peu éparse, plus je lève les yeux vers l'Arc de Triomphe plus il s'agit d'un bloc. Je vais remonter ça en vitesse, trop excité de retrouver un mouvement plus classique, unitaire, massif, qui en très grande majorité est venu "discipliné".


Sur le chemin des tonnes de pancartes bien inspirées dont un « Social Wars : République VI Un nouvel espoir » qui m'amuse indépendamment de ce que je peux bien penser d'une sixième république. Des affiches détournées de « La vérité on te ment » avec au casting les membres du gouvernement. Bref, je sens qu'il y a une très forte population de manifestants qui ont l'habitude de sortir et de créer de belles pancartes, et déjà le message de dangerosité de l'événement perd de son impact. Autour de moi il y a bien 80% de gens posés qui marchent ou discutent, scandent un slogan une fois de temps en temps mais ne démontrent pas l'envie d'affronter qui que ce soit physiquement. 10% de gens sans doute un peu alcoolisés et fatigués de manifester préfèrent pour leur part crier sur tout le monde qu'on est trop pacifistes, trop gentils, trop moutons, et qu'on devrait remonter l'avenue et aller montrer aux CRS de quoi on est capables. Moi je regarde ça d'un œil plutôt condescendant, je me dis pauv' gens complètement à l'ouest qui n'avanceront sur rien ou semblent chercher la blessure, mais ça c'est mon point de vue.

Et puis 10% de gens organisés, équipés, émeute-ready qui sous leurs lunettes de ski et leurs vêtements noirs semblent être les habituels black-blocs. Ils ne parlent à personne, seulement entre eux, se déplacent en groupes pressés, circulent en zigzaguant entre les manifestants. Ils sont là pour un truc précis y'a pas de doute, ils veulent faire la guerre. Tant qu'on ne les voit pas faire, on les laisse user de leur libre arbitre, ils vont et viennent sans emmerder personne. Ca changera sur le haut des champs lorsque face à un immense contingent policier ils auront leurs premières palpitations libertaires, celles qui traduisent le fait d'être en manque de jets de pavés. On en reparlera.

Comme d'hab je peux dialoguer avec plein de gens, je prends des photos de pancartes en félicitant les auteurs, « bien trouvé mec ! » « haha excellente ton affiche bravo ». Des groupes ont des banderolles de grande taille dont l'une « Référendum d'initiative populaire ». Une autre qui a le génie de détourner les symboles est un gigantesque drapeau français et sur chaque couleur une étoile rappelant celles du maillot de l'équipe de France. Du coup il y en a trois des étoiles, une pour le bleu *1789 une pour le blanc *1968 et une pour le rouge *2018. C'est classe, les photographes comme moi s'atroupent comme des vautours, comportement notable lorsqu'une belle affiche apparaît, qu'un manifestant se met à hurler sa vie ou plus souvent lorsqu'il y a du sang et des larmes.


Je remonte l'avenue mais difficile de ne pas remarquer les détonations hyper violentes qui viennent d'en haut et qui ne rassurent pas. Extrêmement sèches mais lourdes, elles poussent à croire qu'une bombe artisanale a pété. Puis trois, quatre, dix, cinquante explosions du même genre font oublier cette idée « Putain ça doit être les trucs des CRS en fait ».

En bas des champs une rue permettait l'accès et autorise encore la sortie, au milieu des champs une rue sur la gauche semble dégagée. Choses à noter quand tu te rends dans ces événements. Même s'il est parfois difficile de trouver une voie d'issue au gré des mouvements de foules et de police, mieux vaut ne pas entrer dans les rassemblements sans savoir comment en sortir. Ce qui est encore plus vrai lorsque le reste de l'avenue est une gigantesque nasse. Car plus haut toutes les rues perpendiculaires sont bouclées par des murs immobiles de CRS. Derrière eux, plus haut dans ces rues, d'autres camions d'agents attendent, établissant un cordon sécuritaire au cas où nous tenterions de passer au travers et de courir vers l'oxygène.

BOOM. BOOOOOM. BOOM. BOOM. BOOM. Putain ça recommence. Je comprends pas, tout le monde semblait posé, c'est déjà l'émeute ? Ben non. Mince. Plus je monte les champs plus les gens sont stressés, apeurés, et bien vite je vais connaître le sentiment. Un mur de CRS s'est positionné face aux manifestants sur le côté droit de l'avenue, je m'approche et discute avec deux streetmedics aperçus nettoyant les yeux d'un manifestant. Je leur fait une tape sur l'épaule et leur dis Respect les gars. « C'est normal » me répond l'un d'eux. Et ben non mon pote c'est pas normal. Car tu n'es pas là pour soigner des casseurs et tout le monde le sait. Tu es là pour aider les manifestants qui morflent, et aujourd'hui tu vas avoir du taff.

On papote et BOOOOOOOOOM. « Ca c'est une F7. C'est même pas légal en temps de guerre. Ca arrache des jambes cette merde. (BOOOOM) Ca c'est une F4 qui est un peu moins forte». (Ses refs techniques me semblent un peu bancales, mais le propos est valide). Quelque part je ne lui dis pas mais bon sang, si elle tombe sur ta main ok, mais sinon, ON NE RAMASSE PAS UNE GRENADE. Hey ok hein, c'est n'importe quoi de voir ces engins utilisés dans un contexte de manifestation et encore plus lorsque 90% des gens ne font rien de mal. Mais par pitié répétez-le à ceux dont vous savez qu'ils iront en manif : ON NE RAMASSE PAS UNE GRENADE. Répétez après moi. ON NE...non bon je rigole mais dites-le à tous les manifestants. Une grenade ? On se retourne, on se tient la tête, on se protège le visage, on s'éloigne sans courir comme un dératé en particulier s'il y a 500 personnes autour, on fait tout ce qu'on veut ou peut, mais pas ramasser la fuckin' grenade. Rangez vos mains les copains. C'est utile des mains. D'ailleurs si vous pouviez renvoyer ces grenades sur des mecs en armure de chevaliers de l'ordre je vois pas ce que ça produirait de plus qu'un BOOOOOOOOOM.


Le streetmedic tourne la tête et voit un type « Oh tu serais pas le type de Libération qui a filmé Burger King ? » Ouais c'est lui. Ils échangent vite fait et je prends la suite. Dis mec t'as sans doute déjà couvert des manifs t'es pas surpris par la config là ? « Bah franchement si, enfin j'ai déjà vu de la nasse/lacrymo mais là c'est fou quoi, les gens sont posés, enfermés, grenadés alors que t'as pas tant de casseurs que ça ». Un gilet jaune à côté « Excusez-moi mais je n'ai même pas vu de casseurs moi hein, je sais pas où ils sont vous les avez vus vous ? ». Je dis avoir aperçu des gars style blackblock et que c'est sans doute eux, mais je ne les ai pas vu agir. A ce moment là un gilet jaune me dit « Oh putain les cons. T'as pas vu ? Un gilet jaune s'est pris un pavé sur le bras là ! ». Ah non j'ai pas vu. Mince. Y'a donc bien des casseurs, mais voilà le début du problème.

Ils sont en minorité flagrante. VRAIMENT. Je le souligne pour les lourdingues qui parviennent toujours à trouver un argument aux bavures : « Ouais ben si t'as la gueule arrachée c'est que t'as bien du faire quelque chose gné. Les flics font pas ça par plaisir double-gné ». Nan mais les gens, voilà une image pour bien faire comprendre la configuration : 1000 personnes dans une pièce, 10 d'entres elles foutent la merde, alors 100 grenades seront lancées. La « doctrine » de Castaner et des forces de l'ordre qui consiste à ne pas aller au contact s'avère en réalité plus barbare qu'autre chose. Des gilets jaunes voulaient arrêter eux-mêmes les casseurs mais n'osaient pas, ils n'ont pas de boucliers, de tonfas et d'armures. Déjà que leurs masques et casques ont été pour beaucoup confisqués/interdits. Alors que des gilets jaunes croyez-le bien aimeraient voir les CRS bouger leur cul en pack pour aller choper du casseur. Peut-être même qu'on les y aiderait en les retenant par le col.

Mais non, la doctrine est ainsi faite. Au cœur d'une foule non-violente mais libertaire, on considère qu'un casseur prend un risque, doit assumer ses conneries s'il est puni physiquement. Mais il ne risque pas grand chose de plus qu'un manifestant pacifique le casseur, puisque la réponse c'est trente grenades dans la gueule de la foule non-violente plutôt qu'une trentaine de pas pour choper le violent et l'interpeller. Que se passe-t-il alors ? Les pacifistes s'énervent. Ils s'approchent des CRS, leurs crient dessus les habituelles phrases sans effet : « Mais vous avez pas d'gosses ? Vous voyez pas ce que vous faites ? Il est où votre cerveau ? Pourquoi vous êtes cons comme ça ? Sous l'armure vous êtes des hommes, des humains bordel ! On en est plus conscients que vous c'est hallucinant ! Enculés ! ». Un manifestant passe même près d'un cordon qui bouche une rue et crie un truc qui fait marrer les gilets jaunes : « Et bah j'espère que vous baiserez pas ce soir ! J'espère que vous allez vous branler pendant des mois vous méritez pas de connaître l'amour bande de fils de putes ! ».

Toujours à proximité de mes copains streetmedics, ça détonne à nouveau. BOOOM. BOOM. BOOOM. BOOM. BOOM. BOOM.....BOOOOOOOM...BOOM. BOOM. BOOOM. (Beaucoup de booms pour que vous pigiez les salves interminables). Et là un cri « Ahhhh putain batards ! ». une jeune femme se tient le bras et s'approche de nous, les streetmedics vont vers elle, les photographes courent vers nous tous. Je ne vois pas ce qu'elle a étant hors du cercle, mais elle pleure et c'est moche. Les streetmedics décident de l'accompagner vers une rue bouclée et demandent aux CRS de laisser passer. Ils sont ok, ils ont un médecin pas loin. Le streetmedic lui restera ici, un CRS accompagne la jeune femme. Plus tard je la recroiserai dans la manif : ils m'ont ramenée après m'avoir désinfectée et bandée etc. « Toi t'es là t'es posée tu fais rien de mal tu te prends un flashball dans la gueule quoi ». Mais ça va mieux ? «Oui ça va mieux, en même temps je me suis assise à côté d'un gars t'aurais vu la gueule de son pied ». Je n'ai pas eu le temps de bien comprendre ce qu'elle me disait que d'autres pétaient à proximité nous poussant à focaliser notre attention sur ce qui se passait autour.


On continue de discuter en haut des champs avec les streetmedics et un homme aux cheveux rasés très court approche, tous les regards sont sur lui, et en le voyant moi-même je comprends pourquoi. Son crâne pisse le sang. Il marche et se dirige vers le lieu où la jeune femme avait été évacuée, les CRS le laissent passer et l'emmènent. Les détonations continuent et n'arrêtent plus. Les CRS nous demandent de ne pas rester près d'eux. « Bah ouais parce qu'ils tirent même sur leurs collègues ces cons là » dit un gilet jaune venu demander à un CRS de lui garder sa 8-6. (Prix du Meilleur Troll du jour).

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Avec les manifestants autour on commence à s'inquiéter parce que ça remue beaucoup en face, les policiers chargent et balancent de la grenade à foison, ça se rapproche de nous et on sent qu'ils vont charger de ce côté aussi.Un CRS précise « Quand on chargera je vous le dirai, il faudra partir avant nous, prendre de l'avance et ne pas rester là sinon on sera bien obligés de vous pousser, pas forcément violemment mais quand même au bouclier ». Ok poto, t'es gentil de nous expliquer une partie de ce qui ne va pas. Les manifestants ne sont pas protégés par les CRS qui même s'ils dialoguent obéissent à des ordres et à une logique qui sentent la connerie. Le propre de tout ça c'est d'agiter la foule, l'énerver, faire subir à des gens qui ne le méritent pas un traitement qu'on dit vouloir appliquer à des « ultras ». Mon cul sur la commode. Les grenades n'ont pas de têtes chercheuses, quant aux CRS, on finit par se demander s'ils ont une tête tout court.

Mouvement de foule, on se met à courir, des cris de peur. Des détonations en pagaille. De l'autre côté de l'avenue grosse charge de CRS accompagnés de tonfas-brassards-casques. Ca pue. Mais tellement. On ne manifeste même plus, on regarde et on attend. BOOOOOOOOOOM. Putain celle-là était à dix mètres, je me colle à un mur, dos tourné, je mets ma capuche par dessus mon bonnet et je commence à trembler. L'instinct de survie s'exprime, rien ne va plus. On est des dizaines contre le mur, on se tient loin de la rue, mais on ne peut pas s'en aller, les accès étant bouchés. Après quelques minutes, je me décide à redescendre l'avenue. Sur le chemin les détonations continuent, des mouvements de foule récurrents. Lors d'une course mon appareil photo tourne en mode vidéo, pointé vers le sol, je vois une belle trace de sang et la filme tout en courant. Je déteste ce que je vois. Je le redis, 80% des gens étaient immobiles, posés, manifestants mais « responsables » comme dirait le premier connard gouvernemental venu. Je vois quand même un blackbloc éclater un morceau de trottoir au sol pour en faire du pavé. J'ai enfin vu mon premier casseur du jour.

Le trottoir pété en arrière-plan, ceux qui sont dans l'image n'y ont pas touché (précision utile).

Un Gilet Jaune discute avec sa pote et demande « Mais ils sont où les médias BFM et tout ? » « Sur un toit » répond sa pote. « Putain ils doivent payer cher pour une vue des champs au balcon ». Je ne peux m'empêcher d'intervenir : Heu non mec, ils sont chez Publicis je pense que c'est gratuit et qu'il y a même des petits fours. Mais sa question traduit le fait que certains sont bien à l'abri pendant que nous, nous en chions sévèrement. Je ne devrais pas être trop dur avec eux, lorsque tout le monde sera parti ils prendront tout de même le risque de filmer quelques débris fumants entourés de Bacqueux et de pompiers. #cynismeinside


Je commence à ne plus avoir envie d'être là. Au bas des champs je peux souffler mais des manifestants arrivent encore, n'ont aucune idée de l'atmosphère plus haut. L'un d'eux nous engueule alors qu'il n'a rien vu « Bah alors feignants venez là haut là vous restez là comme des cons ça sert à rien, allez venez avec nous ! ». Sa face amusée croise mon regard endurci et je ne peux pas m'empêcher de lui hurler dessus : Vas-y va bouffer ta grenade et reviens nous dire ça abruti ! Vas-y va morfler et tu pourras l'ouvrir, allez va là-bas ! Je m'éloigne en lui tournant le dos et criant un monumental « Abruti ! ». Les gilets jaunes autour me regardent mal mais semblent s'interroger. D'autant que j'ai le logo "peace" dessiné sur mon gilet et que visiblement j'ai plus trop la force de paix en moi. Un jeune femme du 77 discute avec moi et me dit qu'elle sent qu'on nous a baisés et qu'on ne peut pas manifester sereinement et pacifiquement. On tombe d'accord, tout est fait pour embraser la foule. Ils avaient dit aux GJ de ne pas venir pour affronter seulement des casseurs, peut-être, ils ont ensuite vu venir énormément de GJ et des casseurs en infériorité, bon ben ils ont quand même appliqué la « doctrine » du jour et agi comme s'il n'y avait que des casseurs. En tous cas c'est ce que j'ai ressenti.

Je prends mon téléphone et appelle ma mère, qui je le sais squatte BFM en s'inquiétant probablement alors je la rassure en lui disant que je vais bien, je suis juste mal dans ma tête. Je lui demande ce qui se dit à l'antenne : « Oh bah ils disent que ça se passe bien, que c'est bien mieux que la semaine dernière ». Je la coupe un brin trop agressivement. QUOI ?! Ils disent que ça se passe bien ? Mais j'ai vu du crâne ouvert, une jeune femme blessée au bras, on m'en raconte d'autres, ils lancent des grenades et chargent sans arrêt. « Rah putain. Ils disent pas ça à la télé ». Tssss tu m'étonnes je reste dix minutes au téléphone et lui explique que comme la semaine passée on voit de la fumée noire s'élever depuis les rues adjacentes. Plus tard elle me dira par sms que les CRS chargent aux chevaux rue de Bretagne, que c'est la merde rue de Courcelle, que ça part en vrille rue Réaumur. Finissant de me convaincre qu'il faut partir.


Je vais vers la rue ouverte sur la partie gauche et basse des champs. Je me pose là pour vapoter en stress, la nicotine m'apaisera. Des gilets jaunes entre potes discutent du fait que c'est n'importe quoi. Je les informe avoir vu un crâne ouvert, une femme blessée, des mouvements de foule. Eux me disent qu'une grenade a pété sur le crâne d'une manifestante. Effroi dans ma tête, je demande comment elle va ? « Elle avait une capuche heureusement, alors la capuche a brulé et elle a une putain de bosse sur la tête mais elle a pu marcher etc ». L'un d'eux est au téléphone et répète ce qu'on lui dit «De quoi? Les trains ne circulent plus ? Bon. Pardon ? Mort quoi ?». On stresse direct et on lui saute dessus pour demander s'il y a une mort annoncée, il dit ne pas avoir bien compris, nous non plus, on n'en saura pas plus et apparemment avec le recul, aucune mort n'a été annoncée mais cela témoigne de l'atmosphère qui régnait. En face de moi je vois un homme assis sur le rebord d'une vitrine, endormi. Je le prends en photo et le filme, alors que des gilets jaunes sentent qu'il faut s'en aller et se mettent tous à s'engouffrer dans cette rue. Ca charge probablement même sur la partie basse. Je me casse.


Remontant la petite rue, j'arrive sur une petite place blindée de gilets jaunes, et dans les rues suivantes que j'aperçois au loin, même foule de couleur unie. Y'a tellement de gens c'est ouf. On monte une rue, on en voit une sur notre droite, des GJ en arrivent et préviennent « Pas par là ils arrivent ! ». Ok, on prend une autre rue, sur la gauche une rue et des GJ qui arrivent « Demi-tour les gars faut pas aller par là ». Bon. On continue tout droit alors. Le bruit de l'hélico fout l'ambiance, et la fumée au bout de la rue prépare au pire. Mais là, pas de flics. Au sol des traces de projectiles de CRS mais ici le ratio pacifistes/violents a changé. Je dirais que 30 à 40% des gens présents sont passés en mode émeute, les autres commencent à admirer car ils sont révoltés par ce qu'on leur a mis toute la première partie de journée. Un feu au milieu du carrefour fait de débris divers, les pavés détachés, les grilles métalliques des arbres trainées au milieu de la rue et d'un coup une trompette sonne la marseillaise, reprise par la foule moins grande que sur les Champs mais tellement plus imposante par la voix.

Impressionné par le caractère insurrectionnel et révolutionnaire du moment, je me mets à reprendre quelques mots en cœur. Je n'aime ni les symboles républicains ni la Marseillaise (j'ai mes raisons) alors j'y vais mollo mais je dis plus tard à un GJ « Peu importe les mots et ce à quoi ils renvoient ce qui importait à ce moment là c'est qu'on dise tous les mêmes mots en choeur ». C'est ça qui me donne un frisson, plus sympa que les tremblements plus tôt. On avance, ça brule encore plus, et des pavés commencent à venir de l'arrière (les potes qui ont vu le live facebook savent) alors je décide de rebrousser chemin. Je ne veux pas être blessé je suis pas là pour ça.

Plus loin une voiture brûle, des pompiers s'affairent, personne ne les emmerde. Sur le trottoir d'en face des Gilets Jaunes marchent vers nous les mains en l'air. Derrière les pompiers une dizaine de tonfa-brassards-casques (je vais finir par les appeler TBC) et sans doute flashball/lacrymos venus les protéger sont tout de même en retrait, et on dirait que ce sont les pompiers qui permettent aux flics de ne pas être ciblés par des projectiles. On arrive à proximité du Conseil social et environnemental machin truc, je me pose sur un banc. Mouvement de foule, les GJ courent vers moi. Putain mais laissez moi me reposer les jambes quoi !



Décidé je quitte le cortège, à proximité une rue gardée par un seul camion de CRS est empruntable car ils sont trop peu nombreux pour bloquer quoi que ce soit. Je passe devant eux et les regarde, rigolards, posey comme jaja, et mon regard se fait accusateur. La Tour Eiffel n'est plus très loin, je traverse le pont et me trouve un banc. La pluie commence. Le sentiment de dépression aussi. Tout ça est d'une mocheté profonde. Mais derrière moi les touristes vivent leurs vies, achètent des churros, tapent du selfie monumental, promènent le chien, font leur jogging. Un début de réalité se dessine. La nasse coupe du monde. Des GJ arrivent dans la même zone, peu nombreux, et bien vite une vingtaine de camions de CRS gyros et sirènes à fond. Ils prennent de l'avance sur les GJ. Et la carte postale touristique change de gueule ce qui malgré tout n'empêche pas les insouciants de persister dans leur état d'esprit déconnecté.

A ma gauche

A ma droite


Je remonte le Champs de Mars. Au loin des GJ pètent une camionnette et des arrêts de bus, derrière eux un mur de CRS et des barrières qui n'ont pas tenu longtemps. Les CRS les ramassent et un petit détachement suit l'attroupement. De mon côté je vois la scène avec à ma droite et à dix mètres un couple d'amoureux faisant leurs photos avec la Tour en arrière-plan. C'est symbolique. Je fais une vidéo (instagram) en rigolant nerveusement. Où va ce putain de monde me dis-je.

Mon périple se termine bientôt. Je traverse un beau quartier, sur l'Avenue Floquet et j'y découvre l'ambassade d'Éthiopie, un brin interloqué (qu'est-ce qu'elle fout là entre les Cayennes, Audi, Mercos et autres dorures puantes? Y'a comme un truc pas net). J'ai toujours mon gilet jaune mais je suis tout seul. Un vieil homme qui passait par là m'approche. « Vous devriez faire attention en portant ce gilet ici ». Ah bon monsieur ? « Ben oui vous avez vu votre mouvement à quoi ça ressemble ? C'est les cités qui viennent mettre le feu ça. Vous savez ici les gens vont finir par sortir les fusils ! ». Ah oui, je comprends bien, c'est dommage. « Mais c'est pas dommage c'est à vous d'enlever ce gilet enfin ! » Que voulez-vous on essaye d'avoir un symbole commun, ça rassemble des gens très différents aux idées et méthodes très différentes. « Oui enfin des gens différents... Vous voyez bien ce que c'est... Enfin... » Je vois très bien ce que vous avez sur le cœur monsieur. « Ben oui c'est des basanés quoi ». Oui monsieur. « Et puis les gens vont s'énerver ici ». La division ne rend service à personne monsieur. « Ben oui la division ça fait perdre tout le monde ». Je sais monsieur. « Vous voyez pas ce qui se passe ? » Si monsieur, oui monsieur, ok monsieur (Bon tu me rends ma jambe steup'?).

On finit par se lâcher devant l'académie militaire et je me retrouve complètement seul en gilet jaune dans une foule de parisiens trendy djeunz snapeurs de la mode, des lycéens qui laissent une odeur bourgeoise sur leur passage et leurs mots sont presque amusants « Y'a même pas moyen de faire du shopping aujourd'hui c'est quoi ce week-end de merde hahahaha ? ». « Vivement que ça se termine ces conneries ». « Lol mais il s'est perdu lui ? C'est le vilain petit canard ! ». Je croise des tas de potes du coin qui se mettent à éclater de rire en me voyant approcher. Tantôt je les regarde en souriant, ambassadeur des basses classes parfois mieux éduquées que les hautes, tantôt je fixe mon chemin et petit à petit mon visage se décompose. A mesure que je pige la déconnexion, le fossé entre GJ et reste du pays. Fossé à l'image de divisions politiciennes liées aux appartenances partisanes, aux intérêts de classes, à l'organisation du diviser pour mieux régner, tellement en forme et pour l'instant pas réellement en danger. Ne faisons pas les malins, des gens qui défendent le gouvernement aveuglément et justifient la moindre barbarie policière, on en embrouille quotidiennement sur nos réseaux.

Je veux aller prendre le train et retrouver mon Oise grisonnante mais plus réelle. Mais les ponts sont fermés. Près de la concorde les agents des BAC se préparent, garés sur une voie fermée. Je les vois de loin, j'enlève mon gilet jaune. Je veux pas être leur début de quota. Je traverse le pont de la Concorde, au bout un mur de CRS empêche de passer. Je demande à un CRS : Bonsoir excusez-moi (je suis bien élevé quand même) pour aller Gare du Nord par où peut-on passer ? « Prenez à droite sur les quais là, passez devant les Tuileries un pont sera ouvert. » (En fait la passerelle Léopold Sédar Senghor). Je lui réponds Merci. Vous êtes de Paris ? « Pas du tout » dit-il en souriant, je lui dis Ben merci de m'avoir renseigné alors ! Mais je sais qu'il a des consignes et qu'il sait que ce chemin est bon alors j'y vais. De toute façon mon GPS confirme la direction. (La confiance règne). Les quais sont très peuplés, des manifestants loin de l'épicentre et en direction de leurs transports du retour sont là mais les parisiens aussi. Par endroits des barrages de CRS fouillent encore les sacs. Mais avec courtoisie et hypocrisie, concepts relativement similaires dans ce genre de situations, tout se passe bien. Juste une image surprenante du Paris nocturne allumant ses lampadaires et ses monuments alors qu'au loin les sirènes de police ne s'arrêtent jamais, alors que le phare de la Tour Eiffel transperce un voile dont on ignore s'il est fait de nuages ou de fumées.

Arrivé à la fameuse passerelle un GJ semble perdu et se gratte la tête en pestant, un homme qui remonte sa braguette en sortant d'un recoin humide et puant, lui dit en me désignant « Ben tiens demande lui à lui là ». Le GJ m'approche « Vous n'auriez pas une batterie externe ? Je suis venu de Roanne (42, c'est loin !) avec mes collègues en bus et je me suis perdu je comprends rien à Paris. Je voudrais les appeler mais j'ai plus de batterie ». Je le regarde avec un sourire malicieux et l'espace d'une seconde il croit que je suis un parigot qui se moque de lui mais je dis « Ouais, j'ai une batterie externe mec ». Il est trop content. Je me pose avec lui 5 minutes le temps que ça charge un peu, il appelle tout en ayant la batterie branchée, mais la ligne coupe. « Rah putain d'connerie ». Il remet la batterie en place et paf un de ses collègues lui aussi tout seul et au téléphone le trouve et lui dit « Bah t'es là ! ». Le miracle est total. On repart tous ensemble en marchant sur la passerelle, le pote me remercie, je leur souhaite bon courage et je dis que mes jambes sont mortes, que Gare du Nord c'est loin...

Passant devant la station de métro Pont-Neuf j'aperçois qu'elle est ouverte et par chance un employé de la RATP m'informe que je peux rejoindre la Gare de l'Est puis la Gare du Nord une station plus loin. Là-bas des Gilets Jaunes sont tous assis en groupes au sol, dévorent des sandwiches achetés hors de prix dans les boutiques de la gare. D'autres à proximité des toilettes au sous-sol ont simplement l'air cuits. Ils ne bougent plus, regardent passer les gens comme s'ils étaient sans-abri. J'échange quelques sourires et je m'en vais pisser pour 70 centimes d'euros. Au moins le mec qui tient les lieux est sympa, mais ça fait cher le soulagement. Dans les toilettes, un pavé posé près de la brosse. Ambiance insurrection hygiénique. Derrière moi la porte est recouverte de tags dont certains qui renvoient à la situation sociale. « Le chômage ! Le chômage ! Un métier d'enculé ! Être flic un métier de bâtard !! ». « Tu es entouré et rarement seul. Mais surprenant la façon dont tu te sens seul ! ». « 10€ pour chier, c'est quoi cette merde ? » « Cherche asiatique pour faire l'amour »... Ah celui-là est un peu hors sujet.


Le train est à l'heure, sur le chemin une altercation entre un ancien de la rue et une nouvelle du crack (selon ce qu'il dit en l'insultant et lui intimant l'ordre de quitter "son" train) alimentera une discussion houleuse digne d'un CamClash de Paris à Creil sans interruption, ponctuée par une agression verbale par l'homme extrêmement engagé et conscient mais beaucoup trop agressif pour en faire un avantage, à l'encontre d'un jeune agent SNCF. Une histoire à raconter plus tard... Dans le wagon d'à côté, ça semble s'énerver aussi, on entend crier "On veut pas de gilet jaune ici enculé!". "Ta gueule!". L'homme nerveux assis non loin de moi le prend en souriant et dit à tout le monde que ce sont sans doute des gens qui se connaissent et sont venus manifester. On n'en sait rien en vérité, mais l'ambiance n'est pas au beau fixe, toute la tension française alimente le voyage. Une jeune creilloise énervée par le ton qu'emploie l'homme en particulier au moment d'embrouiller un agent SNCF l'envoie bouler sévèrement, avec beaucoup de courage. Les deux se souhaitent bonne soirée de façon hypocrite mais utile (finir sur une touche de politesse rassure tout le monde). Je la retrouve hors de la Gare de Creil et lui dit bravo, d'avoir su contrôler le moment sans perdre ses nerfs, on discute, on rigole, le dialogue impromptu et toujours souriant avec des inconnus me laisse un peu d'espoir pour compenser tout ce qui est moche et que j'ai vu aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit, les Gilets Jaunes qui se féliciteraient d'une telle journée ainsi que leurs opposants qui félicitent déjà les forces de l'ordre me semblent tous dans le déni. Ce qui m'apparaît à moi c'est que même ce mouvement inédit se voit circonscrit dans un espace dédié, lui-même cerné par un monde qui s'en tape la cocarde. On est extrêmement loin d'une révolution populaire, d'une prise de conscience généralisée ou d'une nouvelle unité du peuple. Je suis finalement parti beaucoup plus tôt que samedi dernier de l'épicentre des "heurts" que j'appellerais plutôt "le merdier organisé" car n'ayant pas de protections et ne pouvant donc pas faire tant d'images que ça, j'ai préféré m'en aller doucement vers mon train du retour, afin de ne pas finir blessé ou de ne pas nourrir encore mon sentiment de tristesse et de dégoût en restant là pour rien... C'est sans doute lâche aux yeux de plein de gens, je suis ok avec ça.

Les conclusions/analyses/déductions politiques/politiciennes on se les échangera via les réseaux, on verra bien ce qu'on en pense chacun dans notre coin et selon nos inclinaisons. En somme on ne fera pas grand chose de différent par rapport aux mouvements sociaux des dernières années, mais on trouvera peut-être ainsi comment s'y prendre par la suite. Je dirais seulement que tout ça laisse un goût amer et me semble dire, à moi, que l'action était nécessaire, mais qu'il faut maintenant reprendre un travail de communication, on ne rassemblera personne via les interminables « actes » du samedi. Les divisions vont juste se creuser entre membres du peuple, le pourrissement va fonctionner, on va finir déçus ou hospitalisés. Pour ma part je ne pense pas retourner à Paris samedi prochain (j'ai pas de sous et plus d'emploi alors ça revient cher 10€ le trajet jamais contrôlé) et je ne pense pas être personnellement favorable à la poursuite du mouvement dans ce contexte précis des « samedis noirs ». Sinon d'ici quelques semaines on aura un événement facebook « Acte 19 : Bon cette fois on vous jure que c'est la bonne vraiment mais véritablement pour de vrai c'est certain»...

Je ne suis pas convaincu que le mouvement bénéficie d'un tel tragique de répétition...



Voici la vidéo de mon parcours



Et pour aller plus loin, indépendamment des opinions politiques qu'il peut soutenir, 

Il a parfaitement saisi le moment, la nature violente du dispositif policier ayant poussé l'énervement
ainsi que de nombreuses interviews utiles (et même celle de casseurs).


[Petit MAJ : après le discours d'Emmanuel Macron ce soir (10/12) franchement finalement j'y retournerais bien juste pour qu'il ne pose pas en vainqueur...]

[MAJ de la MAJ : vu le contexte compliqué et parce que je pense que poursuivre dans l'action sans privilégier la communication/la conviction des gens à distance du mouvement, finalement je n'irai pas sur Paris ce samedi]